H. Br., II
trop dépourvu d'esprit de suite pour qu'on pût jamais rien faire de lui. Ils ne soupçonnaient même pas que ce jeune homme plein d'ignorance pût avoir aucune espèce de talent. Ce mutuel dédain n'empêcha d'ailleurs ni les uns de donner, ni l'autre de recevoir.
Avec une naïveté toute provinciale, Chérubin Beyle, ou plutôt Henri Gagnon, avait écrit à ces parents riches, arrivés, Parisiens, pour leur recommander ce petit cousin, espoir de la famille. Le plus singulier, c'est que les Daru l'accueillirent en effet avec beaucoup de bonté.
En pénétrant dans le salon de Madame Daru, Henri Beyle fit son entrée dans le monde : « C'était exactement la première visite que je faisais de ma vie ^. » Ce début est chose d'importance pour un séducteur de femmes, Beyle y fut, de son propre aveu, gauche et ridicule. Nous pouvons l'en croire.
Timide comme tous les jeunes gens trop sensibles et trop fiers, ne s'oubliant pas assez lui-même pour ne pas supposer les autres attentifs à sa personne, et trop vaniteux pour être indifférent à leurs critiques, plein d'ardeurs dont il ne savait que faire, et incapable de les contenir, puis glacé tout à coup et silencieux, au reste, en ses meilleurs moments, d'une vivacité un peu lourde, d'aspect rustique, et très mal propre à la décence convenue, à la grâce facile ^ des gestes mondains, Henri Beyle formait un mélange assez comique de prétention et de maladresse, de pavivretés et de brio, de raideur guindée et de brusquerie choquante.
Son aspect singulier surprenait dès le premier abord ^. jç Massif et replet, il avait la rude encolure d'un garçon