‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 2 sur 166 · H.Br.,U · texte numérisé non relu

H.Br.,U

En ce long voyage de dix jours à travers la France ^, Henri Beylc, fou de bonheur et de désir, ne vit rien que ses chimères ^.

A peine, en passant à Nemours, fut-il un moment distrait par le coup d'Etat du 18 brumaire. Mais il ne s'arrêta guère à pareille nouvelle : « je n'y comprenais pas grand' chose », avoue-t-il ; et il était de ces républicains qui pardonnent tout à la victoire ^.

D'ailleurs la politique, à ce moment, lui semblait chose bien négligeable. Une grande pensée remplissait son âme tout entière, celle de la maîtresse qu'il venait chercher à Paris. Ce premier voyage de Beyle n'était pour lui qu'un voyage d'amour et de conquête : « J'arrivais à Paris avec le projet arrêté d'être un séducteur de femmes,... un Don Juan^... » Et cette espérance émouvante enveloppait pour lui la ville lointaine d'un charme de roman.

Le roman se précisait même dans son imagination : «... une jolie femme, une femme de Paris, bien autrement belle que Mademoiselle Cubly ou ma pauvre Victorine, verserait en ma présence ou tomberait dans quelque grand danger duquel je la sauverais, et je devais partir de là pour être son amant ^. » Rien ne lui semblait plus certain, car son cœur lui disait qu'il méritait un tel amour, et

1. « Je suis parti pour Paris le 8 brumaire an VIII. J'y suis arrivé le 19 du même mois. » {Jour. d'Italie, 51.) — Voir, sur les dates de ce voyage, une discussion très précise dans l'excellent Itinéraire de Stendhal, de M. Henri Martineau (p. 14-15).

2. « L'émotion m'a ôté absolument tout souvenir de mon voyage avec M. Rosset de Grenoble à Lyon, et de Lyon à Nemours. » (//. Br., II, 74.)

3. n ... j'étais enchanté que le jeune général Bonaparte se fît roi de France. » (H. Br., II, 74.) * A vrai dire, cette indifférence ou cette sympathie durèrent peu. En 1803, Beyle ne rêvera plus que la mort du tyran, — avant de devenir, dix ou quinze ans plus tard, un de ses admirateurs les plus exaltés.

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