Soirées du SUndhal-Cluh
2. Ce n'est pas qu'il ne lui rende l'hommage strictement nécessaire : « Le caractère de Burrhus devient de plus en plus historique ; un rare talent, une probité unique, une pureté révolutionnaire extrêmement rar«, tels seront dans l'histoire les traits principaux de cet homme remarquable. » (49-50). C'était déjà un éioge que de l'appeler Burrhus.
3. Voici comment il le présente : « Cette disposition prudente, sage, mais peu aimable [de Noël Daru], formait le caractère de son fils aîné, M. le comte Daru... » ; il ajoute, il est ■vrai, discrètement : i qui a tant influé sur ma vie... » (H. Br., II, 80.)
donna, bon gré mal gré, les seules années de fortune brillante et d'ambition satisfaite qu'il ait connues. En échange Henri Beyle, sans l'excuse d'une grande passion, s'efforça de lui enlever son bien le plus cher. Il prétend même y avoir réussi. Sans doute le comte Daru n'en a jamais rien su. Mais Beyle ne l'oubliait point, et cela le gênait un peu. A vrai dire, il ne l'avait jamais aimé.
Quand Henri Beyle entra pour la première fois dans la maison des Daru, Pierre^, le quatrième des onze enfants de M, Noël Daru, était encore en Suisse, à l'armée de Masséna, où il avait fait merveille, — tout en traduisant les satires d'Horace, — dans la tâche difficile d'approvisionner une armée en pays de montagne. Son génie organisateur avait été remarqué, et le Premier Consul le nomma presque aussitôt secrétaire général au département de la guerre, avec le grade d'inspecteur aux revues ^. Henri Beyle le vit arriver, tout rempli de ses nouvelles fonctions, l'homme important de la famille, sa gloire et son espérance.
Cet homme avait déjà tout un passé, qu'Henri Beyle dut entendre souvent raconter dans la maison de ses bienfaiteurs. La littérature s'y mêlait à la politique, on y trouvait des succès, des dangers, des vertus même ^.
1. Sur Pierre Daru, lire essentiellement rexcollcntc et copieuse étude que Sainte-Beuve lui a consacrée iCaus. du lundi, IX) ; elle est faite en partie d'après des documents communiqués par la famille, et encore inédits. On pourra voir l'article fait par Parisot dans la Biographie Michaud ; mais il est partial, et inexact. Cf. l'article de M. Dcbidour dans la Grande Encyclopédie ; ce n'est à peu de choses près qu'un résumé de la Biographie Michaud. Enfin M. Chuquet parle de lui assez longuement [Slendhal-Beyle, 32-38 ; on recherchera les premiers exemplaires, avant les carions exigés par la famille).