Soui'. d'égot
5. Beyle, qui s'y connaissait, parle souvent de cette vanité mondaine du « baron Martial Daru ». (Cf. par exemple Souv. d'égol., 30.) Dans le portrait si vivant que dessine de lui M. Madelin, il cite le jugement de son ennemi Tournon qui l'accuse d'être «... présomptueux, enflé du crédit et du mérite de son frère », et de se rengorger « de la manière la plus plaisante >.
amours à fleur de peau ? Saint-Preux convenait davantage à son âme tendre et passionnée. Martial Daru, après quelques autres, ne servit donc qu'à l'égarer. Il ne lui prit point sa maîtrise, il ne sut jamais comme lui conquérir avec grâce et se détacher avec gentillesse. Le meilleur des leçons de Martial fut perdu pour Beyle. Mais, comme il arrive, il lui emprunta peut-être ses défauts.
Martial était un roué, mais un roué de style Empire. Cet homme du monde, ce lettré, cet amateur d'art, avait passé par les casernes et par les camps. Adèle, sa cousine, et jusqu'à la jeune actrice Mélanie, lui trouvaient les manières un peu brutales, voire même « un ton détestable ^ ». Mais Beyle, séduit par sa façon cavalière de traiter toutes les femmes comme si chacune avait été déjà sa maîtresse, s'efforça de l'imiter. Il n'y mettra point l'élégance qui faisait pardonner à Martial ses plus impertinentes audaces. Il voudra brusquer sa timidité ; il se mènera de force à l'assaut ; il affectera une sorte de grossièreté conquérante : il se contraindra à la polissonnerie. Beyle forçait sa nature, tandis que Martial suivait la sienne. Il ne réussit pas à faire de lui-même un Don Juan ^, mais il perdit le mérite de la délicatesse, qui convenait à son tempérament. Aussi plus tard la tendre et fragile Métilde ne pourra-t-elle se résoudre à l'aimer, car elle lui trouvera une pétulance trop brutale, et je ne sais quelle fougue soldatesque, qui plaît seulement aux femmes médiocres.
La fréquentation de Martial Daru a donc été pour Beyle pleine de conséquences. Il est un des hommes rares à qui Beyle a brûlé de ressembler, et cela toute sa vie. Sans y prétendre, il a donc modifié à sa ressemblance son jeune cousin. Celui-ci lui en a su un gré infini. Seul de tous les Daru, Martial a trouvé grâce devant Beyle, et