‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 39 sur 166 · Br., II · texte numérisé non relu

Br., II

Après avoir promené quelques jours à Genève sa jeune liberté ^, il monta sur un cheval des Daru, et botté, éperonné, muni de deux pistolets et d'un grand sabre, aussi neuf pour lui que son cheval, il sortit de Genève en l'équipage grotesque d'un civil qui singe le militaire.

Depuis neuf jours déjà l'armée française passait le Saint-Bernard ^.

Son cheval s'emporta, et il avait très peur, quand le domestique du capitaine Burelvillers vint sauver Beyle d'une chute risible ^. Il le mena vers son maître. Beyle, qui, dans l'émotion de ce premier départ pour la guerre, était à peu près aussi maître de lui que Don Quichotte en face des moulins à vent, Beyle, ombrageux * comme un cheval de sang, s'imagina que « ce grand homme blond,... maigre, et d'un aspect narquois et fripon », en voulait à sa liberté ! Il pensa à ses pistolets. Mais le capitaine venait tout bonnement offrir sa compagnie et sa protection à ce jeune homme qu'on lui avait recommandé.

Il lui apprit à tenir les rênes de son cheval et la poignée de son sabre ^, Il calma aussi sa fierté trop espagnole. Henri Beyle s'était fait du point d'honneur une idée tellement raffinée qu'il voulait tirer son sabre contre un capitaine suisse, qui à Lausanne lui refusait un billet de logement. « M. Burelvillers » le « retint », et, nous affirme Beyle, l'estima pour son courage. Il dut surtout s'amuser de cet étrange enfant que la bizarrerie sauvait du ridicule.

1. Il y demeura cinq jours, et en repartit le 23 mai (3 prairial; voir le Jour. d'It.,ï>\].

2. On sait que Lannes, à la tête de l'avant-garde, avait traversé le col dans la nuit du 24 au 25 floréal (14-15 mai). La veille du départ de Beyle, le 2 prairial, il occupait Ivrée. Toutes les divisions de l'armée avaient, le 3 prairial, déjà franchi le col. « Le 23 mai, il n'y a... plus, sur le versant nord du Grand- Saint-Bernard, que la 19^ légère et quelques détachements qui rejoignent. » (De Cugnac,!, 482.)

3. Voir tout l'épisode, bien conté par Beyle, dans Henri Brulard, II, 167-170. M. Chuquet a retrouvé les états de service du capitaine Burelvillers [Slendhal-

Beyle, 45).

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