H. Br., II, 171-173. Cf. I
3. 0 Ce pouvait être alors, écrit Beyle, le 8 ou 10 de vaaà 1800. » Ce ne pouvait être, au contraire, que le 23 ou le 24 mai.
l'étrenne à son domestique pour soigner mon cheval : je pouvais donc aller rêver en paix. »
Ainsi fut tout le voyage d'Henri Beyle : une rêverie enivrée ^, coupée de quelques émotions plus fortes, et semée d'incidents matériels, à peine capables d'arracher à son hallucination heureuse ce jeune fou, qui marchait lui aussi à la conquête de l'Italie, comme le Premier Consul. Tous deux passaient le Saint-Bernard presque en même temps ^, et le passage n'avait pas moins d'importance pour la vie morale de l'un que pour la fortune historique de l'autre. Bonaparte allait chercher en Lombardie Marengo et la couronne d'empereur, et Beyle allait y trouver les beaux-arts, l'amour, et Angela Pietragrua. Mais Beyle ne se rendait pas aussi bien compte que Bonaparte de sa destinée.
Il était tout entier à la minute présente ; il allait, « gai et actif comme un jeune poulain ». « Mon plaisir était si vif, si intime, qu'il en était pensif ^... » Il y avait dans ce plaisir la joyeuse griserie du combat. En gravissant le Saint-Bernard, Beyle avait fait « le sacrifice de sa vie ». Son imagination chimérique lui présentait mille dangers, et il les affrontait allègrement. Qu'importe qu'il risquât seulement une chute de cheval, ou une ghssade dans la neige * ? Il était un héros, puisqu'il se figurait l'être.
1. » Etourdi par mes délicieuses rêveries, basées sur l'Arioste et la Nouvelle Héloise... » {H. Br., Il, 177.)
2. Bonaparte précédait Beyle. Parti de Paris dans la nuit du 6 mai, vingtquatre heures avant lui, il avait séjourné à Genève du 9 au 12 mai, et, ce même jour, passait à Lausanne les troupes en revue. 11 en repartait le 16 mai. Beyle, qui voyageait moins vite, n'était même pas encore arrivé à Genève.
Bonaparte resta à Martigny du 17 au 19 mai, et franchit le col trois jours avant que Beyle ne quittât Genève. Il était à Ktroubles le 20 au soir, à Aoste le lendemain ; il ne laissait Aoste que le 25, pour se trouver le soir devant Bard. Arrivé le 26 mai à Ivrée, il en repartait le 29 au soir ; il atteignait le 30 Verceil, le 31 Novare, et le 2 juin Milan.
Beyle ne put donc le rattraper jamais, et Bonaparte fit avant lui son entrée dans la capitale de la Lombardie. (Cf.de Cugnac, op. cit., 1 , 243, 282, 295, 306-7, 335, 407, 446, 458, etc. : II, 43 et suiv.)