‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 46 sur 166 · H. Br., II · texte numérisé non relu

H. Br., II

3. Ou à Novare, comme il l'écrit à sa sœur, le 29 octobre 1808 {Corr., I, 328).

* Cf. p. 51, note 2.

** Et on en conclura que Beyle ne fut pas arrêté « deux ou trois jours sous Bard n, ce que rien n'expliquerait. Mais il avoue lui-même la confusion de ses souvenirs (185).

Beyle, durement malmenés par tant de sensations brutales, s'épanouirent délicieusement. Au sortir de la boue et des neiges, après tant de blasphèmes et de coups de canon, il eût trouvé exquise la musique d'un accordéon. Et c'était le Mairimonio Segreto !

« Le soir, j'eus une sensation que je n'oublierai jamais. — J'allai au spectacle... , on donnait le Matrlmonio Segreto de Cimarosa, l'actrice qui jouait Caroline avait une dent de moins sur le devant. Voilà tout ce qui me reste d'un bonheur divin... A l'instant mes deux grandes actions : ... avoir passé le Saint-Bernard,... avoir été au feu, disparurent. Tout cela me sembla grossier et bas. J'éprouvai quelque chose comme mon enthousiasme de l'église au-dessus de Rolle, mais bien plus pur et bien plus vif... Tout fut divin dans Cimarosa ^. »

Henri Beyle découvrait ce jour-là ^ le plus profond, le plus fidèle amour de toute sa vie. A cinquante ans il écrira encore : « Je ne sais combien de lieues je ne ferais pas à pied, ou à combien de jours de prison je ne me soumettrais pas pour entendre... le Matrlmonio Segreto, et je ne sais pour quelle autre chose je ferais cet effort ^. » Beyle eut donc la chance, dès son entrée en Italie, et quand tout le préparait à en bien jouir, de trouver la plus délicieuse sensation d'art qu'il ait jamais connue. Pouvait-il désirer prélude mieux choisi à sa nouvelle vie de musique et d'amour ?

« La musique me plut comme exprimant l'amour », écrira-t-il en 1808. Et dans Henri Brulard : « Ma vie fut renouvelée et tout mon désappointement de Paris enterré

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