Voir par exemple Home, Naples et Florence
3. Voir H. Br., II, 194. — Le capitaine Burelvillers ayant mal parlé des actrices, Beyle, sous la tendre influence du Matrimonio segreto, et se souvenant de M"8 Cubly, voulut un instant couper la gorge au capitaine.
Il n'est donc pas indifférent qu'un soir de mai ^, dans une petite ville italienne, Beyle soit entré au théâtre, et par hasard ait entendu le Matrimonio segreto mal chanté par une actrice un peu édentée.
Dès lors ce ne fut plus que la joie sans bornes où tout s'efface ^, « le bonheur le plus vif et le plus fou ^ ». Tout ce qu'il voit lui paraît admirable. Il aime l'Italie comme une maîtresse, sans raisonner. Et elle lui semble beUe, puisqu'il l'aime.
Il a quitté les montagnes, il s'est enfoncé dans les plaines immenses de la Lombardie * : routes sans fin, entre des canaux, des champs humides, et des lignes d'arbres fermant la vue de toutes parts. Qui ne se lasserait de ce paysage de rizières et de champs de maïs ? Mais Beyle ne se lasse point : '( La vue du paysage me ravissait. Je ne le trouvais pas la réalisation du beau, mais quand,... jusqu'à Milan, la fréquence des arbres et la force de la végétation, et même les tiges du maïs,... empêchaient de voir à cent pas,... je trouvais que c était là le beau ^... »
1. M. Henri Martineau {L'Itin. de Stend., 18) donne pour le passaire de Beyle à Ivrée la date du 26 ou du 27 mai. Mais aucun des textes qu'il allègue ne permet semblable conclusion. Beyle ne dut atteindre Ivrée que quelques jours plus tard (cf. plus haut, 56, note 1).
2. Où s'efPacent surtout laideurs et tristesses. Maurice Dupin, qui, en même temps que Beyle, entre en Italie avec l'armée française, a mieux su regarder la vérité, o Nous dévastons un pays admirable. Le sang, le carnage, la désolation marchent à notre suite. Nos traces sont marquées par des morts et des ruines... d (Hist. de ma vie. de G. Sand, I, 375). Beyle, dans les villes prises d'assaut, ne voit que l'opéra-boufîe, et, parmi les colonnes d'une armée d'invasion, rien que le ciei bleu et la verdure délicieuse *.
3. //. Br., II, 195. — Beyle se demande (194) s'il n'a pas assisté au combat du Tessin. Il est difficile de l'admettre, à moins de rejeter le reste de ses affirmations (cf. la note 1 de la page 56). Murât battit les Autrichiens à Turbigo, et força le passage du Tessin, le 31 mai.
4. Il ne peut y avoir de doute sur le chemin de Beyle : après avoir suivi, d'Aoste à Ivrée, l'admirable vallée de la Doire, il gagna Vercelli, Novara, Mortara, et, par Vigevano, arriva enfin à Milan. C'était alors la seule route.
5. « Tel a été pour moi Milan, et pendant vingt ans... A peine si cette image adorée commence à se séparer du beau. Ma raison me dit : mais le vrai beau.
* Un mot seulement sur les chevaux morts, //. Br., II, 191.
Ainsi Beyle, sous le grand soleil de juin, s'avançait vers Milan, sa patrie. Au milieu de cette mer de verdure étincelante, il allait, étourdi, enivré, tout frémissant d'allégresse. N'eût-on pas dit un exilé qui, après une longue absence, retrouve enfin le pays de son cœur ?
c'est Naples et le Pausilippe,... ce sont les environs de Dresde, les murs abattus de Leipsick,... le lac de Genève, etc. C'est ma raison qui dit cela, mon cœur ne sent que Milan et la campagne luxuriante qui l'environne. » [H. Br., II, 195.) Il faut d'ailleurs remarquer que l'imagination moins exigeante de nos pères ne demandait pas à un paysage de lignes trop mouvementées. Une plaine richement cultivée leur donnait beaucoup de jouissance. Maurice Duviquct, parcourant la Lombardie quatre ans avant Beyle, s'écrie lui aussi : « Quelles belles plaines ! quelles campagnes ! quelles cultures ! Comme les voitures roulent bien sur ces routes qu'on prendrait si facilement pour des allées de parc ou de jardin ! » {Souv. de M. Dmnquet : Paris, 1905, in-16, p. 138.)