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encore soldat ^, pensait plus aux femmes qu'à Turenne ou à Bonaparte.
Il comptait sur elles pour achever sa félicité. Le fantôme de ses futures maîtresses n'était-il pas encore pour Henri Beyle le plus beau charme de l'Italie ? Tant qu'il put espérer que les Italiennes ne tromperaient pas son attente, il fut heureux ^.
Période brève et délicieuse dans la vie de Beyle. Sa sensibilité, plus vive que jamais, s'était pour ainsi dire invertie. Au lieu d'exagérer ses peines, comme jadis, elle exagérait son bonheur. L'exaltation amère et sombre d'autrefois était changée en exaltation tendre et joyeuse. Beyle vivait d'espoir et d'illusion.
Mais il avait une nature trop robuste pour se repaître longtemps de rêves tout purs. Sensuel et vif, cette attente lui devint bientôt pénible. Tout l'exaspérait sans le satisfaire. Il ne voyait autour de lui que les images de la volupté. Ses camarades « étaient heureux, avaient des maîtresses ^ » ; toute l'armée française faisait Tamour. Lui seul, dans ce peuple de jeunes hommes, demeurait solitaire. Aux bals, au théâtre, à la promenade, il coudoyait ces Milanaises, que la mode et la saison faisaient à peu près nues. Mais, dévoré de tendresse et de timidité, il se contentait d'admirer en soupirant ces beaux fruits qu'il n'osait prendre.
L'ardeur d'un orageux été * n'était pas faite pour calmer
1. Il n'est plus besoin aujourd'hui de prouver que Beyle n"a pas vu la bataille de Marengo (cf. Chuquet, Stendhal-Bexjle, 47-48). Colomb l'aiïirme, et lui-même a souvent essayé de le faire croire.
2. Si heureux même qu'au moment où il écrit Henri Brulard, en 1835, ou sa notice nécrologique, en 1837, Beyle se rappelle seulement son bonheur. Mais, plus près des événements, dans son Journal d'Italie de 1811, il distingue la joie et les peines. Son journal de 1801 conCrmerait, s'il en était besoin, ce dernier témoignage.