H. Br., II
4. « J'aime les champs et point du tout l'odeur de la boue [des villes]. C'est au milieu des arbres que l'homme est le plus heureux », écritil à Pauline. {Corr., I, 56.)
5. //. Br., II, 158. — Jean-Jacques n'avait pas été moins déçu que son disciple Henri Beyle : « Combien l'abord de Paris démentit l'idée que j'en avais !... Je m'étais figuré une ville aussi belle que grande, de l'aspect le plus imposant, où l'on ne voyait que de superbes rues, des palais de marbre et d'or. En entrant
SOLITUDE
Cette première déception commença de l'attrister. Le décor de son roman d'amour lui apparaissait pitoyable. Beyle l'avait rêvé dans le style du Roland Furieux, noble, élégant, pittoresque, champêtre. Mais réclamer de Paris les charmes d'une cité toscane ! Pour s'en être fait cette image absurde, Beyle ne savait plus où promener ses amours.
Son premier logis ^ ne fut pas non plus bien propre à lui rendre la vie plaisante. 11 s'alla nicher sous les toits, dans une mansarde qu'éclairait mal une fenêtre à huit pieds du sol. Ainsi Beyle ne pouvait même pas jouir de la vision mélancolique et noble que lui aurait offerte le dôme des Invalides, son voisin, alors dédoré et délabré ^, image de gloire et de décrépitude.
C'est dans cette « chambre économique », assez semblable à une « prison », que Beyle connut la première crise d'un mal que tant de romantiques vont bientôt dépeindre. Sans doute il en était depuis longtemps atteint. Mais à Grenoble une famille, des amis, les liens des choses, le travail, donnaient une distraction nécessaire à son esprit, et retenaient à la réalité son imagination impatiente de rêve. A Paris au contraire il était abandonné à l'oisiveté et à la solitude. Sa mélancolie passionnée s'exaspéra. Il devint tout entier la proie de sa folie.
« J'étais, dans les rues de Paris, un rêveur passionné, regardant au ciel et toujours sur le point d'être écrasé par un cabriolet ^. »
Comme on se tromperait pourtant, si l'on confondait ce poète * avec les illustres victimes du même mal qui vont donner le ton à la jeunesse du nouveau siècle, avec
par le faubour» Saint-Marceau, je ne vis que de petites rues sales et puantes, de vilaines maisons noires... ; des mendiants, des charretiers, des ravaudeuses, des crieuses de tisane et de •. ieux chapeaux... » {Confessions, IV.)
1. Une maison meublée qui donnait « sur le quinconce des Invalides » {H. Br., II, 77), entre les rues Saint-Dominique et de l'Université, ou Saint- Dominique et de Grenelle : les souvenirs de Stendhal se contredisent sur ce point. {Id., 290-291.) En toule hypothèse la maison a disparu.
2. On lui avait enlevé ses statues. Cf. Concourt, Société française pendant le Directoire, 34.