a Oserai-je le dire ?... j'étais un poète. » (Id
s LA JEUNESSE DE STENDHAL
ses nobles contemporains Chateaubriand et Lamartine. De molles rêveries, une tendresse vague et sans objet, une émotion indéfinie, inspiraient à celui-ci la plus agréable des mélancolies. Un désir tellement imprécis a-t-il besoin d'être satisfait ? Quant à René, il savait bien que sa « sylphide » n'était pas de ce monde, ce qui devait le consoler de ne l'y point trouver. D'ailleurs sa prestigieuse fantaisie se rassasiait de belles images, et son orgueil lui donnait d'intimes satisfactions, inconnues au vulgaire. Mais le pauvre Beyle n'a, pour se consoler, ni l'imagination magnifique de l'un, ni le langoureux mysticisme de l'autre. Son rêve, pour être romanesque, n'en est pas moins précis, concret, trop humain. C'est une femme qu'il veut, une femme qui aura une belle âme, mais une femme enfin ^. L'amante qu'il voit dans ses songes, tout en marchant comme un fou dans les rues de Paris, n'est point du tout le fantôme diaphane, flottant entre ciel et terre, qu'évoque le poète :
Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore, Vague objet de mes vœux, m'élancer juscju'à-toi...
C'est une maîtresse que désire avec tous ses sens le jeune Henri Beyle.
« J'étais, constamment, profondément ému. Que dois-je donc aimer... ? Je me répondais : « Une charmante femme... ; nous nous adorerons ; elle connaîtra mon âme...» Cette réponse..., je me la faisais deux ou trois fois le jour, et surtout à la tombée de la nuit, qui souvent pour moi est encore un moment d'émotion tendre, je suis disposé à embrasser ma maîtresse les larmes aux yeux ^... »
Mais, en l'an VIII, Henri Beyle n'avait personne à embrasser. Il en était tout déconfit. On souffre assurément davantage, à désirer en vain autour de son cou les bras d'une femme, qu'à rêver chastement la tendresse d'un ancre.
1. On sait comment Sainte-Beuve définissait l'auteur d'Indiana : George Sand, disait-il à peu près, c'est une belle âme et une croupe.