‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 63 sur 166 · Diario di Minola, à la bibl. Ambrosienne · texte numérisé non relu

Diario di Minola, à la bibl. Ambrosienne

que tout a changé ; maintenant la matière abonde, les pages se remplissent sous la plume du bon Milanais qui fait le journal de sa ville. C'est, depuis la venue des Français, une vie ardente et fiévreuse ; les faits divers se multiplient comme les événements de l'histoire. Mais une ville de province n'aime point tant à être dérangée de sa placidité ; elle préfère un tranquille et sûr ennui aux émouvantes inquiétudes.

Il se trouvait bien un poète local pour publier un sonnet ^ (on n'ignore pas combien sonnets et petits vers sévissaient dans l'Italie d'alors) sur la gloire du Premier Consul qui venait de franchir les Alpes : au soleil de Bonaparte, Vastre d'Annihal pâlissait. Mais il ne suffisait pas de passer les Alpes comme Annibal ; il fallait vaincre comme lui. Et les Milanais, race défiante, attendaient.

Ils n'attendirent guère. Les Français étaient entrés à Milan le 2 juin. Henri Beyle se trouvait peut-être à la Scala, le soir du 15 juin, quand un adjudant vint annoncer aux spectateurs la victoire de Marengo ^. Depuis vingtquatre heures, les Milanais n'avaient plus à craindre le retour des Autrichiens,

Ils se sentirent dès lors beaucoup plus amis des Français. Les partisans avérés de ceux-ci triomphèrent ouvertement ; leurs adversaires se résignèrent ou se turent ; et la grande masse du peuple, au fond aussi indifférente aux Français qu'aux Autrichiens, par un naturel entraînement se mit à applaudir les vainqueurs. L'admiration instinctive de la force, et leur intérêt bien compris, se mêlèrent. Et quand Bonaparte, le soir du 16 juin, rentra dans Milan, où il avait fait quelques jours plus tôt une

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