‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 66 sur 166 · De Castro, Milano durante la dominazione napoleonica · texte numérisé non relu

De Castro, Milano durante la dominazione napoleonica

3. « E provato oggi che di tutte le influenze straniere quella di Francia è stata la più disastrosa per l'Italia ; in pace e in guerra il paese fu trattato dai Francesi corne una conquista. » Ai-je besoin de faire remarquer l'importance décisive d'un pareil jugement, porté par l'homme qui allait être nommé, le 26 janvier 1802, vice-président de la République Italienne ?

C'est encore un témoignage singulièrement probant que celui du comte Bonedetto Arese. Il écrivait, à la fin de 1801, ces « istruzioni » pour son fils, député à la consulta de Lyon : « Les surtaxes énormes, les réquisitions de tout genre qui n'ont pas été payées, les emprunts forcés, les entrées augmentées, les droits nouveaux beaucoup plus lourds que les anciens, le logement des troupes, les contributions, et tant d'autres impôts, ont tellement épuisé toutes les ressources nationales que le propriétaire et le commerçant le plus expérimenté, ne pouvant résister au poids extraordinaire de tant do charges, se voit réduit à un état déplorable. Le spéculateur seul, profitant de l'agiotage et des circonstances..., s'enrichit aux dépens d'aulrui... » (Publié par M. G. Gallavrcsi, dans les Rendiconti del R. Isl. Loinb. di scienze e lettcre, 1903.)

Les Milanais, peuple pratique et commerçant, ne pouvaient pardonner à qui s'attaquait à leur bourse. F.n 1814, au moment où ils massacrent le ministre des finances Prina, et accueillent si bien une fois de plus les Autrichiens, c'est encore la question d'argent qui détermine les sentiment* de la foule.

4. Je ne voudrais pas cependant l'exagérer. Ils jouissaient désormais de l'ordre, de la sécurité. Ils avaient même une apparence de liberté. Napoléon en fit des soldats, 1 1 les prépara, fût-ce malgré eux, à leur future indépendance. Mais ce que je recherche ici, ce n'est point tant l'influence durable et essentielle de la domination française, que les impressions des témoins et des acteurs, fussent-elles injustes.

5. Mais ils ne le supportèrent pas, comme le prétend Stendhal, avec un<

sophes, ils tâchèrent de tirer leur profit du présent. Le séjour des Français n'avait guère qu'un avantage : les fêtes. Les Milanais, ne pouvant faire mieux, festoyèrent avec leurs dominateurs ^. Ce parti convenait assez à leur tempérament ^. Et puis n'est-ce point là l'unique ressource des peuples asservis ? Cette ardeur à jouir, qui fait illusion à Stendhal, aurait dû lui prouver au contraire le peu d'enthousiasme qu'inspirait aux Milanais leur nouveau régime. Pour l'oublier, ou pour s'en consoler, et puis parce qu'ils n'avaient pas d'autre occupation possible, ils ne songèrent donc plus qu'au plaisir ^.

C'était là ce qui, dans ces grands événements, pouvait le mieux intéresser Henri Beyle. La casa Bovara, où il habitait, était maintenant le centre de la vie politique. Cela n'importait point à Beyle dans sa chambrette. Mais la casa Bovara était devenue en même temps le centre de la vie mondaine, et Beyle assistait sans aucun doute aux fêtes nombreuses que l'on donnait dans la maison : « Nous passons notre temps ici, écrit Maurice Dupin vers cette époque, à courir en voiture et à faire des dîners. Nous en faisons de fort bons chez Petiet, le ministre de France *. . . »

allégresse sans mélange et sans révolte. Au moment où Brune entreprend la campagne du Mincio, il écrit au Premier Consul, le 21 brumaire, que la ville est en fermentation, et le mécontentement général. Le peuple milanais est « aigri », écrit-il deux jours plus tard (23 brumaire an IX) ; il craint des soulè- Tements, mais annonce qu'en ce cas il fera des « exemples terribles. » (Arch. histor. de la Guerre, Corrcsp. de l'Armée d'Italie. Cf. Corr. de Nap. I", VI, 627.)

1. Dès le 5 juin, Bonaparte écrit dans le Bulletin de Vannée d'Italie : « Le peuple de Milan paraît très disposé à reprendre le ton de gaîté qu'il avait du temps des Français. » [Corr. de Nap. I'^^, VI, 429.)

2. Massimo d'Azeglio ne raille-t-il point cette façon traditionnelle qu'avait le Lombard de se consoler, « sua vecchia consolazione del mangiare e bere e divertirsi » ? (Ricordi, c. 30.)

3. Cet aspect de Milan après !Marengo frappe tous les témoins ; « Cette maudite Capoue », l'appelle Maurice Dupin. (Op.cit.)

4. Lettre de fructidor an VIII, Histoire de ma ^'ie, I, 387. M. Dupin était alors aide de camp du général Dupont.

Mais Henri Beyle, tout petit employé chez un grand personnage comme Petiet, alors le vrai maître de la Lombardie, n'avait d'autre titre à l'attention du ministre et de sa femme que son amabilité. Il en montrait peu. Ce jeune homme de dix-sept ans attendait qu'on lui fît des avances. On le laissait dans son coin. « N'étant de rien à Milan chez M. et M'^^ P. et ayant déjà trop d'orgueil ^ » pour se courber devant les puissants, il jouait dans les salons de l'ambassade un rôle au moins effacé.

Il se trouvait plus à l'aise dans les lieux publics, où, sans être obsédé par son orgueil ou sa timidité, sachant bien que personne ne le remarquait, il pouvait regarder ces belles Milanaises si désirables et si loin de lui.

Il n'avait qu'à sortir de la casa Bovara, et à gagner, au bout du Corso di Porta Orientale, cette promenade des remparts où se retrouvait chaque soir le tout Milan noble, riche et amoureux. Là, perdu dans la foule comme un bourgeois pauvre ^, il voyait du bord ce fleuve de voitures qui s'écoulait sans cesse, et contemplait avec mélancolie la joie des autres.

Il a décrit ce spectacle bien milanais en quelques pages de la Vie de Napoléon ^ ; le plus naïf enthousiasme s'y mêle aux finesses de l'analyse :

« Toutes ces femmes d'une ravissante beauté n'auraient manqué pour rien au monde de paraître chaque soir au Corso, qui se tenait alors * sur le bastion de la Porte Orientale... Du côté de la ville, ce rempart domine des jardins et au-dessus des grand arbres de celui qui, depuis, a été appelé la Villa Bonaparte ^, s'élève cet admirable

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