‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 69 sur 166 · Jour. d'It · texte numérisé non relu

Jour. d'It

victorieuse d'introduire à Milan la licence et la corruption. C'est ainsi que le chroniqueur Mantovani déplore en gémissant le relâchement des mœurs, et l'indécence des robes apportées par les Français. En vérité les belles Milanaises, heureuses de pouvoir révéler à tous cette beauté sculpturale dont elles faisaient profiter quelquesuns, avaient tout de suite adopté les modes du Directoire ^. Des bals masqués ^, se succédant presque chaque jour, prêtaient mieux encore à une trop séduisante liberté de costume. L'armée française dansait sans cesse, et les Milanaises avec elle ^.

Ce fut peut-être là l'occasion de quelques troubles, que les chroniques manuscrites relatent avec soin. On sait qu'en Italie un amant ne permet point à sa maîtresse de danser avec un autre que lui. Mais les Français, que tous les témoignages s'accordent à montrer fort insolents *, n'étaient point hommes à respecter pareil usage ; ils ne demandèrent sans doute aucune permission ni aux cavaliers servants ni peut-être aux danseuses elles-mêmes. Là encore ils furent « prepotenti », Mantovani est heureux de le raconter ^. Et peut-être Henri Beyle a-t-il assisté à ce bal de la casa Tanzi ^, le 9 août 1800, où ces jeunes héros

1. c! Milan... est à présent, delà les monts, la seule ville où l'on trouve du pain cuit et des femmes françaises, c'est-à-dire nues. » (P.-L. Courier, let. du 8 janv. 1799.)

2. Miscellanea polilica, Bibl. Ambros. — Jour, d'il., 5. — Corr., I, 13-14. — Thiébault rappelle deux de ces bals, « aussi remarquables par le choix des six cents invités et par la richesse ou l'élégance de leur costume, que par la beauté et l'étendue des appartements, leur éclairage et leur décoration. » Sa maîtresse, Pauline Ricciulli, « portait un costume à la Roxelane, qui laissait deviner les suavités enchanteresses de toute sa personne. » [Mémoires du gén. baron T., III, 129.)

3. Quoi qu'en dise Mantovani, les Français n'étaient pas seuls responsables de ces fêtes trop païennes. Milan avait été de tout temps célèbre par ses bals. De Brosses les admire, et raconte que les Milanais ont forcé le pape à prolonger pour leur ville le carnaval de cinq jours (let. LIV). Beyle vante à sa sœur ce précieux avantage. {Corr., I, 13.)

4. On trouvera des preuves singulières de l'impertinence et de la grossièreté affectées par quelques officiers, — et cela au milieu de la plus haute société italienne, — en lisant les Mémoires de Thiébault.

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