Diario manoscrilto, bibl. Ambros
G. Il écrit dans la Vie de Nap. (138) : «... ces femmes charmantes, que nous rencontrions au Casin délia Cilla et plus tard au bal de la casa Tanzi. » Cette casa Tanzi était mentionnée, en 1787, par le guide de l'abbé Bianconi, comme
laissèrent trop voir les insuffisances de leur éducation : brutaux et malpropres, ils gâtèrent et brisèrent tout. Rien ne nous permet de croire que Beyle ait pris sa part dans ces excès.
Mais il dansait, ses lettres à sa sœur en font foi. C'est peut-être à ces bals ^ qu'il entra si tôt en relations avec quelques Italiens et Italiennes. Dès le 10 messidor, il écrit à Pauline : « J'ai pris des Italiens une bien meilleure idée qu'on n'en a en France; je me suis lié avec deux ou trois qui vraiment m'étonnent par la sagesse de leurs idées et le sentiment d'honneur qui règne dans leur cœur. » Mais il s'intéressait surtout à leurs femmes ; avec la discrétion d'un frère écrivant à sa jeune sœur, il ajoute (et on peut supposer que son étonnement n'est pas sincère) : « Une chose à laquelle j'étais bien loin de m'attendre, c'est la charmante amabilité des femmes de ce pays. Tu ne me croiras pas, mais vraiment en ce moment je serais au désespoir de retourner à Paris ^ ». Relations superficielles sans doute et passagères, véritables liaisons de bal. Il ne voyait pas chez elle la société italienne, et ne la connaîtra que dix ans plus tard ^.
Mais parfois, de ces bals si ardents et si gais, il revenait profondément triste. C'est apparemment les jours où parmi ces femmes presque nues et ces jeunes hommes tous aimés, il avait mieux senti la froideur de sa solitude. Ces jours-là, il cherchait à qui se confier. Le spectacle de ces brillantes sensualités lui donnait un regret inattendu des plaisirs innocents et champêtres, et même l'amour de la vertu *. Alors il écrivait à sa sœur, et, sous la généralité des maximes à la Jean-Jacques, on croit sentir déjà
une des curiosités milanaises ; elle avait une chanabre peinte à fresque par Tiepolo, et un riche jardin de plantes exotiques (p. 417).
1. Ou bien aux dîners de la casa Bovara ; il s'agirait donc de quelques personnages ofTiciels de la république cisalpine.