‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 71 sur 166 · Corr., I · texte numérisé non relu

Corr., I

3. D'ailleurs il ne sait pas un mot d'italien : « Je fais tous mes efforts pour apprendre un peu d'italien, mais n'ayant pas pu trouver un [maître ?], je vais très lentement. » [Corr., I, 7.)

4. Il écrit le 27 décembre à Pauline : « Sois bonne et aimante et surtout jamais fausse, car c'est un crime que de feindre la vertu. » [Corr., I, 11-12.)

98 l'A. JEUNESSE DE STENDHAL

quelque Ijlcssure personnelle : « Je viens, ma bonne Pauline, d'un bal où je me suis ennuyé à la mort... » Il s'attendrit aux souvenirs de Claix, de sa famille, et, comme on pleure une félicité perdue, il évoque ce « bonheur des âmes pures et exemptes de grandes passions. » — « Ah ! s'écrie-t-il, si celles-ci donnent quelques instants de vrai bonheur, par combien d'instants affreux ne sontils pas rachetés ^ ! « Peut-être cette nuit-là avait-il vu danser Angela Pietragrua aux bras de son amant.

Il y avait cependant un endroit de Milan où Beyle goûtait des heures de félicité véritable, je veux dire '( de cette tendresse onctueuse », de cette rêverie languide qui était le vrai besoin de son cœur. Ce lieu privilégié, c'était la Scala.

Dans cette vaste nef de la Scala, qui est encore aujourd'hui à peu près ce qu'elle était au temps de Beyle, mieux que partout ailleurs sans doute, on pourrait évoquer son ombre. S'il est un point dans le monde où l'âme singulière qui fut Stendhal pouvait venir encore errer et se souvenir, ce serait assurément dans cette grande conque sonore, entourée de ses cinq étages de petits alvéoles semblables, et toute bourdonnante encore de ces histoires d'amour qui, depuis cent cinquante ans, mêlent chaque soir leur murmure à la musique des opéras. Il n'est pas un autre endroit de l'espace où Stendhal soit aussi souvent venu penser, rêver, s'attendrir, regarder de son vif regard, ou bavarder avec esprit. Là se formeront ses théories littéraires ou artistiques, là il observera les mœurs, et se fera conter les plus piquantes anecdotes du jour. C'est à la Scala que se sont mûris VHistoire de la Peinture, Rome, Naples et Florence, et ce livre de V Amour, la plus intime de ses œuvres, révélatrice comme une confidence ; c'est à la Scala que se sont préparés Racine et Shakespeare, la Vie de Rossini, et bien des pages de la Chartreuse de Parme.

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