‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 78 sur 166 · Viede yap · texte numérisé non relu

Viede yap

4. On pourrait écrire tout un livre sur les amours des olTiciers français en Italie. Mais ce sont là des faits trop connus pour avoir besoin d'être encore prouvés. Les uns se contentèrent de chanteuses et de danseuses, et ceux qui avaient beaucoup volé restituaient du moins sous cette forme à l'Italie une partie de leurs pillages. Mais la plupart trouvaient dans la meilleure société des amours plus désintéressés. (M. Chuquet a cité quelques noms et quelques faits, dans son Introduction au Jour, de voy. du gén. Desaix, LXVIII-LXX.) Il en était en 1800 comme en 1797 ; alors Desaix, dès son arrivée à Côme, aperçoit « quelques brillantes voitures, des officiers français dedans avec de jolies femmes », qui sont pour lui « le prélude du bonheur de l'armée d'Italie » (45). En effet il ne rencontre partout qu'officiers avec leurs maîtresses (cf. 89, 194, 208). On connaît les bonnes fortunes de Thiébault ; il a pris soin de les conter lui- même ; à Milan comme à Rome, il triompha des plus belles. Les grands chefs, Bonaparte excepté, étaient eux-mêmes publiquement amoureux. La passion de Berthier est connue : « Berthier, écrit M. Chuquet, ...aime passionnément M""^ Visconti...; il fait pour elle mille folies ; il lui donne... un diamant de cent mille francs, présent de Bonaparte, et plus tard, en Egypte, il adore au fond d'une tente réservée le portrait de sa déesse, lui brûle des parfums, l'entoure de tapis, de châles, de cachemires du plus grand prix... » « Folie étrange » que déjà citait Stendhal {Vie de Nap., 139). Si l'on en croit les Mémoires d'une contemporaine (I, 292), son frère était plus heureux encore. « César Berthier... remplissait alors Milan du bruit de ses triomphes, et de sa légèreté en amour... La renommée publiait qu'il avait trouvé peu de cruelles ; et plus d'une belle Italienne gémissait sur l'inconstance de ce genlile ed infedele vincitore... ». Etc., etc.

de l'arrivée des Français prétendaient avoir fort à se plaindre », dit Stendhal ^.

Je veux bien qu'il généralise trop. Ni aux bals où danse Henri Beyle, ni même à la Scala, ne venaient apparemment toutes les Milanaises. Il est à croire que beaucoup, et surtout parmi les plus nobles, s'abstenaient de ces réunions si mêlées, où les Français apportaient souvent plus de fougue que de discrétion. Les femmes qu'ils y voyaient étaient celles qui leur voulaient du bien, celles qui venaient en ces lieux de plaisir décidées d'avance à y prendre comme à y donner tout le plaisir possible. Conquêtes faciles, et qui s'offraient. Les autres, celles qui se refusaient, n'apparaissaient nulle part. Souvent même elles ne se montraient point aux officiers logés chez elles 2. Les Français les oublièrent. Dans leur statistique amoureuse, ils ne tinrent pas compte des absentes, et ils se plurent à croire qu'ils avaient triomphé partout.

Il n'en reste pas moins que ces fêtes étaient nombreuses, que jamais on ne vit corso si brillant, et que Stendhal fut un des rares jeunes hommes, parmi toute cette armée doublement victorieuse, qui ait quitté Milan sans devoir de reconnaissance à aucune.

Il lui a plu d'expliquer leurs faciles amours en leur prêtant des âmes sentimentales : « ... la plupart avaient infiniment d'esprit et un esprit très romanesque ^. » Mais il leur donne l'âme d'Henri Beyle. Sans doute les glorieuses victoires de cette jeune armée, son dénûment de jadis, son brillant aspect d'aujourd'hui, et la belle furie de ces héros si amoureux, avaient de quoi frapper l'imagination vive et facilement enthousiaste des Milanaises. Mais il n'est point nécessaire pour cela de leur supposer les raffinements que connaissent seules les âmes

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