‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 80 sur 166 · Cento anni, II, 16 et suiv · texte numérisé non relu

Cento anni, II, 16 et suiv

3. La comtesse Aresc * avait alors vingt-deux ans. Beyle, qui la vit à Milan en 1800, put l'y revoir en 1814. Elle ne mourra qu'en 1847.

Antonia Barbara Giulia Faustina Angiola Lucia Fagnani était née le 25 novembre 1778 (d'après son acte de naissance, archit-'io délia casa A.). Elle épousa en 1798 le comte Arese. Elle ne pouvait donc, en 1796, apparaître dans les fêtes de Milan, comme le prétend Stendhal, et comme l'ont cru d'après lui quelques historiens.

* Foscolo, son amant, écrit, comme Stendhal dans le Journal d'Italie, Aresi (Epislolario, lettre XXIX).

Rovani nous la fait voir, elle aussi, à la Scala, plus belle encore que la bella Ruga, et attirant tous les regards ; il décrit son costume, à la mode d'alors, a ses épaules et ses bras, d'une perfection toute grecque, complètement nus », et sa robe de laine blanche qui s'entrouvrait au moindre mouvement, et laissait apercevoir, en un éclair, les lignes pures et l'éclat vermeil de la nudité qu'elle cachait ^.

Elle en était si peu avare ! Il raconte qu'ayant aperçu dans une fête un élégant officier de dragons (cette bonne fortune n'échut point à Stendhal), et l'ayant trouvé de son goût, elle l'envoya très simplement chercher, pour le lui dire. Ainsi Stendhal nous dépeindra plus tard ces Bolonaises ou ces Romaines qui ne savent point cacher leur cœur : « Dite a taie che mi piace... »

La comtesse A. le dit à beaucoup. Si l'on en croit Rovani, et la tradition, la liste de ses amants était aussi longue que celle des maîtresses de Don Juan ^. Aussi ne se rappelait-elle bien, paraît-il, ni leur nom ni leur nombre. Elle l'avouait ingénument, car elle avait l'orgueil de ses amours. L'on assure que, si quelqu'un de ses familiers (elle leur laissait toutes les libertés) lui demandait de qui était tel ou tel de ses enfants : « Attendez, disait la comtesse, que je me souvienne du régiment qui tenait alors garnison ici ^. » Comme elle avait des lettres et de l'esprit, — choses assez rares parmi ses contemporaines, — elle se vantait de prendre Aspasie pour modèle *.

Elle habitait un palais grandiose, tout neuf alors, aujourd'hui très sombre et un peu triste, dans la même rue que la casa Boi'ara. C'est là que son portrait montre

1. Rovani, II, 16. D'ailleurs Rovani commet la même erreur historique que Stendhal, en faisant apparaître la comtesse A., coifîée du bonnet phrygien, à une représentation de 1796.

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