Jour, d'il
3. « Depuis que j'ai cessé de penser à la charmante madame Martin, actuellement Saladini... » (11 floréal an IX, Jour, d'il., G.) C'est la maîtresse du chef d'escadrons Gibory (//. Br., I, 269). Beyle se souvient d'elle le 26 juin 1803 : « La petite ^Martin aimait mieux Gibory que tout le monde. » (Voir mon Catéchisme d'un roué, Revue Bleue du 19 juin 1909.)
4. Jour, de Stendhal, 291 ; Madame Marini était femme d'un médecin (Vie de ?iap., 139) ; elle « servait de ma. ..le à madame Aresi, qui lui faisait des cadeaux considérables ». [Jour. d'It., 32). Elle devint plus tard dévote {id., 89).
5. Elle avait traversé Brescia, nous l'avons dit, le 25 fructidor an IX. Beyle la revit quelques jours après (entre le 2'^ complémentaire an IX et le 4 vendémiaire an X), quand il passa par Milan pour gagner le Piémont. Il se rappellera plus tard sa visite à Angela, qui habitait déjà i'ia dei Meravigli, n° 2374 (aujourd'hui n° 5) ; le petit Antonio, qui avait alors six ans, « jouait avec son casque et son plumet. » {Jour. d'It., 133.)
de méditer sur les souhaits différents que chaque homme fait pour son bonheur, il définit ainsi son propre rêve : «... une femme d'un génie vaste (dans le genre de madame Pietragrua), brune, superbe, voluptueuse, m'aimant comme je l'aimerais, s'étant séparée de son mari pour moi, et vivant avec moi à Milan où j'aurais trente mille livres de rente ^ ».
Désormais, à Paris, en Allemagne, partout, pendant dix ans, Beyle sans doute ne lui sera point fidèle, il aura des maîtresses et il les aimera, mais Angela Pietragrua restera l'idéal romantique de ses rêves ^. Elle remplacera avantageusement l'héroïne que Beyle avait conçue d'après les livres, puisqu'elle sera une parfaite combinaison d'Héloïse et de Félicia, une grande âme et une maîtresse « voluptueuse )^, tout ce qu'il faut pour l'amour. Mais surtout cette image de femme s'unira dans le cœur de Beyle à une autre image très chère, celle de l'Italie. Il les regrettera et les désirera ensemble, elles seront le nostalgique souvenir qui le poursuit dans les antichambres de Saint-Cloud, dans les salons de Paris, sur les champs de bataille d'Allemagne ou d'Autriche ^. Et quand il ira enfin les retrouver en 1811, après une attente si longue et si passionnée, il lui semblera qu'il retrouve sa vraie patrie et sa vraie vie. On ne saurait dire en vérité qui l'emportait, dans ce double amour confondu : aimaitil l'Italie à cause d' Angela, ou bien Angela à cause de l'Italie ? Tout au moins chacune de ces tendresses venait doubler la force de l'autre.
Le souvenir même en était si brûlant, que Beyle, vieilli et las, ne peut se le rappeler, trente ans plus tard, sans
1. Journal du 12 thermidor an XII, bibl. de Grenoble, inédit.
2. Sa lointaine image fera même tort quelquefois à l'amie présente. Au temps où Beyle, à Marseille, est le possesseur incontesté de la tragédienne Mélanie, il lui reproche sa froideur : « J'aurais voulu un peu des transports que je me figure qu'Angelina avait. » (D'après un manuscrit inédit.)
3. Il écrit d'Allemagne à sa sœur Pauline, le 26 mars 1808 : « Hélas ! ce bonheur charmant que je me figurais, je l'ai entrevu [quelquefois]... à Milan. Depuis lors il n'en est plus question... [Le] souvenir [de Madame Pietagrua] est lié à celui de la langue italienne ; dès que, dans un rôle de femme, quelque chose me plaît..., je le mets involontairement dans sa bouche, je l'entends... » {Corr., I, 319.)
une étrange émotion. En découvrant peu à peu dans l'ombre de son cœur l'image vivace de ces jours lointains, une mélancolie passionnée le trouble et l'attendrit ; et c'est d'une main tremblante qu'il griffonne ces mots à peine lisibles ^ :
«... Comment faire un récit un peu raisonnable de tant de folies ?... Le croira-t-on, — - mais tout semblera absurde dans mon récit de cette année 1800^, — cet amour... si passionné, qui m'avait entièrement enlevé à la terre pour me transporter dans le pays des chimères, mais des chimères les plus célestes, les plus délicieuses, les plus à souhait, n'arriva à ce qu'on appelle le bonheur qu'en septembre 1811.... Onze ans, non pas de fidélité, mais d'une sorte de constance...
Comment peindre le bonheur fou ? — Le lecteur a-t-il jamais été amoureux fou ? A-t-il jamais eu la fortune de passer une nuit avec cette maîtresse cju'il a le plus aimée en sa vie ? . . . x
1. H. Br., II, 200-201. J'ai déjà cité (p. 64-65) quelques fragments de ces dernières pages du livre.
2. Je modifie ici la ponctuation des éditeurs, c'est-à-dire celle de Stendhal. Mais il met ses points et ses virgules avec un illogisme et un caprice tout féminins. Il le faut donc bien corriger quelquefois.