Jour. d'It
* Historique du 6^ résiment de dragons, Delagrave, s. d., in-S".
** Comme le prouvent ses effectifs réduits de 510 liommes ù 400.
crinière noire, le sabre, les bottes et les éperons ^, c'était de quoi faire figure à la Scala, et conquérir peut-être le cœur capricieux d'Antrelina.
Cependant Pierre Daru s'occupait de sa fortune avec autant d'amitié que d'esprit ^. Il n'avait pas seulement recommandé son cousin au chef du bureau de la cavalerie, le citoyen Durosnel, pour la confirmation de son grade : « son courage » n'avait-il point, d'après Daru, « emporté » Beyle « sur les traces du premier consul au delà des Alpes », et pouvait-on « en faire moins qu'un sous-lieutenant » ? Mais, habilement, il ménageait encore l'avenir : « Dans quelques mois, je vous demanderai pour lui du galon... S'il le faut, je vous enverrai pour vous séduire la Vénus de Médicis que Mazeau est chargé d'enlever ^ ». Henri Beyle pouvait-il souhaiter plus gracieuse marraine, à son entrée dans la gloire ?
Pierre Daru conservait donc près de lui ce jeune dragon, occupé à une obscure besogne de scribe, tandis que, dans les plaines du Pô, sur l'Adige, sur le Mincio, Autrichiens et Français se préparaient à de nouveaux combats. Dès le milieu d'août, la reprise des hostilités était prévue *. Les Autrichiens, pas encore sûrs de leur défaite, voulaient recommencer l'épreuve de Marengo. L'empereur n'avait point consenti à ratifier les préliminaires de la paix. Le
1. On connaît le passage du Rouge : « Dès sa première enfance, la vue de certains dragons du 6^, aux longs manteaux blancs, et la tète couverte de casques aux longs crins noirs, qui revenaient d'Italie, et que Julien vit attacher leurs chevaux à la fenêtre grillée de la maison de son père, le rendit fou de l'état militaire » (I, 21).
La tenue du G^ dragons resta sensiblement la même de 1791 à 1812 : casque de cuivre, avec turban de peau ; habit vert, aux parements, collet et revers rouges ; gilet de drap blanc ; culotte de peau ; bufïleteries blanches et bottes noires ; manteau blanc. Les sapeurs du régiment avaient le bonnet à poil. — Mais Henri Beyle n'a porté que l'uniforme des officiers : leur casque était doré, et couvert d'une peau tigrée ; leur manteau vert. Ils étaient armés d'un sabre et de deux pistolets, tandis que les hommes avaient encore un fusil et une baïonnette.
2. On pourra lire à l'appendice la longue lettre inédite de Daru au docteur Gagnon. C'est une document précieux sur la façon à la fois bienveillante et autoritaire dont il entendait protéger Beyle.