‹ La jeunesse de Stendhal (volume 2)Chapitre 93 sur 166 · Sous les ordres de Davout · texte numérisé non relu

Sous les ordres de Davout

3. Corr., I, 9. Elle est datée du 16 frimaire, qui correspond au 7 décembre, et non pas au 7 novembre, comme l'a imprimé M. Paupe.

4. Bagnolo est situé au sud de Brescia (14 kilomètres par le chemin de fer), au milieu de la plaine, dans la direction de Crémone. — Le 6* dragons séjourne à Bagnolo du l^'' au 20 frimaire an IX (états de situation, arch. de la Guerre).

5. Il y eut ces jours-là mêmes quelques escarmouches entre Français et Autrichiens. (Arch. de la Guerre : Armée d'Italie.)

LA CARRIÈRE MILITAIRE d'hENRI BEYLE 141

table ^ )). Ils dégoûteraient Beyle de la religion, si Beyle était dévot ^. Et il se prend à regretter la France, voire même la Suisse.

Beyle était soldat depuis quinze jours seulement, et déjà il commençait à être rassasié de la gloire militaire. Aux chaleurs excessives de l'été lombard avaient succédé les brouillards glacés qui couvrent en hiver ces plaines marécageuses ^. Or Beyle a toujours eu la boue en abomination. Les lignes sublimes des Alpes ne pouvaient distraire son âme d'artiste ; elles avaient disparu dans la brume. Beyle s'enrhumait * et s'ennuyait. « Nous n'avons pas même de livres ! « gémit ce guerrier qui, en face de l'ennemi, ne songe encore qu'à la littérature.

D'ailleurs on continuait à ne se battre point. Le général Brune, à l'indignation de tous ses lieutenants ^, ne pouvait se résoudre à attaquer les Autrichiens. Beyle se lassa ^. Ou peut-être son colonel, pour plaire à Daru, et comme ils en étaient d'accord, renvoya dans les bureaux ce soldat enfant, sous le prétexte de quelque obscure mission. C'était lui défendre l'héroïsme.

Toujours est-il que nous le retrouvons à Milan vers le

1. Ceci est la réalité. Voici maintenant la poésie : « Les soldats,... jeunes> joyeux, se voyaient admirablement accueillis par les jolies paysannes des environs du lac [de Garde]. » {Vie de Napoléon, 173.)

2. « Je ne suis pas surpris que l'impiété soit née en Italie : la meilleure religion, avec de pareils prosélytes, se ferait détester. » Ces paroles de Beyle à sa sœur ne prouvent pas tout à fait qu' « il a pris son irréligion » en Italie, comme le pense M. Chuquet (57). Quelques balles de paysans fanatiques, et les absurdités d'un grand vicaire « contre les impies de Français », expliqueraient insufiisamment une incrédulité qui datait de plus loin. Et je ne saurais souscrire à cette conclusion : « Son séjour dans la Lombardie acheva ce que l'enseignement de l'Ecole centrale et les entretiens du géomètre Gros avaient commencé. Il se convainquit que les prêtres avaient « gâté » l'Italie, et c'est de ses années de régiment que date son athéisme. » Il en faudrait au moins quelques preuves.

3. Brune écrit à Berthier le 14 frimaire : « Il fait un temps abominable ; pluie et neige. » (Arch. de la Guerre.)

4. « ... un gros rhume que les brouillards épais de la Lombardie m'ont donné... » (6 nivôse : Corr., I, 11.)

5. Et, si on l'en croit, de Beyle lui-même, qui « jugea la sottise du général Brune. » (//. Br., II, 209.) Cf. .\lém. d'un lourisle, 1, 200.

G. Il n'était pas le seul. Au début de frimaire, le C dragons compte 58& hommes; le 20, il n'en a plus que 44G (Etats de situation, aux arch. de la Guerre).

milieu de décembre. Selon toute apparence, Beyle ne retournera au 6^ dragons que neuf mois plus tard.

A Milan sa mission se prolonge ^. Beyle y passe les fêtes de Noël ; il y passe les fêtes du jour de l'An, Il s'attarde, il muse et il s'amuse. Il promène à la Scala son bel uniforme tricolore, rêve d'étudier la clarinette, et regarde danser les Milanaises. Des pensées philosophiques et vertueuses occupent son esprit. Il exhorte Pauline à lire la Logique de Condillac, et s'inquiète pour l'éducation de sa filleule Caroline ^.

Un jour il s'avise d'écrire à sa sœur, dans la langue d'Alfieri, une lettre singulière par ses fautes d'orthographe et son amertume. Beyle y apparaît furieux et dégoûté. II exhale une rage dont nous ignorons la cause, dans un italien vraiment détestable. Il maudit l'Italie, et les passions. Il veut fuir si loin de Milan qu'il n'entende plus jamais ce nom exécré. Est-ce lassitude de la vie militaire ? déboire d'ambition ? Ou, bien plutôt, Beyle n'est-il pas alors préoccupé de la seule Angela ? Il faut être amant malheureux pour prendre ce ton excessif, et détester ce qu'on adore ^.

D'ailleurs en ce temps-là il est acariâtre et grincheux. Il se bat en duel pour une peccadille *, et reçoit au pied gauche un coup de sabre qui le « fait souffrir comme un diable )). Mais il oublie les Autrichiens.

Pendant que Beyle fait l'amour à Milan, pense à sa

1. Beyle écrit à sa sœur, de Milan, le 2 nivôse (23 décembre) ; la lettre, portant la suscription du Quartier général, est sans doute écrite dans les bureaux de Daru. Il semble que Beyle soit déjà à Milan depuis quelques jours. Dans une autre lettre, du 27 décembre, il lui dit : « Je suis revenu de mon régiment pour peu de jours, mais ma mission m'a retenu à Milan plus que je ne croyais. J'espère cependant partir un de ces jours. » Enfin, le 31 décembre, il est encore à Milan, et « pour quelques jours. » (Corr., 1, 10, 12, 17.)

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