Cf. p. 123, note
4. Sur ce duel avec Auguste Pctiet, voir //. Br., II, 32, 126, 324. — Est-ce bien là, comme le croit M. Chuquet, la « fameuse affaire pour M™'^ Martin », dont parle Stendhal dans sa Consultation.... pour Banti {Soir, du Stend.- Clubf 42) ? Nous en savons mal le prétexte, mais nous connaissons l'ombrageuse folie de Beyle, son imagination déformante, sa sensibilité maladive, et sa fierté sur le point d'honneur. Il s'est peint lui-même dans Julien Sorel au café de Besançon {Rouge et Noir, I, 163-165).
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sœur, médite et rêve, le 6^ dragons est entré en campagne. Le 18 décembre, la division de cavalerie à laquelle il appartient se met en mouvement, et vient camper derrière Montechiaro ; le 20, elle s'avance jusqu'à Castiglione ^. Bonne occasion pour Beyle, s'il était là, d'étudier sur place les manœuvres de Bonaparte, quatre ans plus tôt. Mais Henri Beyle n'est point à son poste ; on va vaincre sans Henri Beyle. Et l'armée continue de marcher, sans lui, contre l'Autrichien.
C'est alors que le 6^ dragons eut son heure de gloire. Le 4 nivôse (25 décembre), il sauva la droite de l'armée française et décida la victoire de Pozzolo, Le combat, mal engagé, durait depuis plusieurs heures, quand, vers le soir, Davout arriva sur le champ de bataille, au moment où l'infanterie pliait. Sans perdre une minute, il se mit à la tête d'une soixantaine de dragons, passa le Mincio, bride abattue, traversa Pozzolo en culbutant tout sur son chemin, et, tandis qu'il poursuivait l'ennemi, permit aux Français de se rallier, et de vaincre. Tous les bulletins, toutes les lettres, célébrèrent à l'envi l'exploit du 6^ dragons -.
1. Elle campe à Gurdizolo vingt-quatre heures plus tard. (Arch. de la Guerre, dossier de l'armée d'Italie.)
2. Lemarois, aide de camp de Bonaparte, lui écrit : « Le général Davoust à l'affaire du 4 à la tète de soixante dragons du 6® régiment a sauvé la lieutenance du général Dupont... » Et Oudinot, chef d'état-major de Brune, reconnaît, dans une lettre au ministre de la guerre : « Une charge vigoureuse d'un faible détachement du sixième de dragons a contribué pour beaucoup au succès de cette journée, d (Archives de la Guerre, Armée d'Italie ; cf. les Ordres du jour imprimés dans cette décade.) Le héros du combat en rendait lui-même témoignage ; Davout écrivait le IC janvier au Premier Consul : «... les dernières conquêtes de l'armée d'Italie sont dues en grande partie à la sanglante et opiniâtre journée du 4 : le général Rivaud était à la tête des 60 dragons du 6^ qui ont si puissamment contribué au succès de cette journée... » (Id.)
Ce n'était pas seulement le général de brigade Rivaud, commandant les régiments de dragons, qui s'était illustré dans cette charge glorieuse. Quelquesuns des officiers que Beyle connaîtra plus tard s'y distinguèrent. Si aucun rapport officiel ne nomme alors le colonel Le Baron (et sur ce point VHistoriquc du régimerU a sans doute fait erreur), le capitaine Antoine Remy eut ce jour-là un cheval blessé en chargeant avec son escadron contre 2.000 Autrichiens f.Archives de la Guerre, Registre du 6^ dragons) ; le sous-lieutenant Frère s'y comporta si bien qu'on le nomma capitaine {Historique du régiment) ; et le brave Larose entra le premier dans Pozzolo, au milieu de la fusillade, et tua sept ennemis de sa main (registre du G^ dragons).
Le lendemain, le 6® dragons, avec la réserve, commandée par le général
Et cependant Beyle, à la casa Bovara, ne parle toujours point de rejoindre son régiment. « Je suis encore à Milan pour quelques jours, écrit-il le 31 décembre, et j'en profite pour juger l'excellente musique que l'on nous fait chaque soir, au Grand Théâtre ^, »
Cependant tout le monde est d'accord pour admettre que Beyle a fait la campagne du Mincio ; le général Michaud l'atteste, son cousin Colomb raconte ses exploits ^, et M. Chuquet lui-même ne les nie point *.
Malheureusement rien n'est moins connu dans la vie de Beyle que son rôle, au cours de cette brève, médiocre et obscure campagne ; rien n'est plus incertain que ses exploits. Et lui-même reste sur ce point d'une discrétion regrettable ^.
Cette discrétion serait de la modestie, à en croire Romain Colomb : « Le 12 janvier, écrit-il,... Castel-Franco était tombé en notre pouvoir, après un combat très vif... Beyle, qui avait donné des preuves de bravoure et d'intré-
Michaud, et la cavalerie de Davout, passait le Mincio à Mozembano *. Le 29 décembre, le quartier général était porté à Villafranca, et le 31 à Castelnovo. Enfin, le 1^' janvier, la cavalerie restait en réserve en face de Vérone pendant que les Français traversaient l'Adige. Le 6* dragons passait à son tour, à Bussolengo, le 2 janvier. Le 3, Vérone était occupée.
1. Corr., I, 12. La guerre est le seul sujet dont Beyle ne dise mot dans ses lettres.
2. Il essaie même de grandir le rôle de Beyle en attribuant une importance excessive à ces opérations militaires de deuxième ordre. « Cette campagne de vingt-six jours, écrit-il,... fut la plus importante des Français en Italie, après •celles de Bonaparte... ; elle força l'Autriche à signer... le traité de Lunéville. » Que cette campagne ait été mal dirigée et peu efficace, ce n'est pas seulement Thiébault qui l'affirme [Mém., III, 130), c'est Napoléon. [Corr. de Nap. /", XXX, 527-538.)
3. Il écrit même (62) : « Les souvenirs de la campagne du Mincio ne s'effacèrent jamais de la mémoire de Beyle. »
4. Il est très frappant que, dans ses deux notices nécrologiques [H. Br., II, •316 et suiv.), il ne dise mot de cette campagne ; il se contente d'écrire qu'il « se distingua » comme aide de camp du général Michaud (324).
* Cf. Jomini, liv. cit., XIV, 188.
LA CARRIERE MILITAIRE D HENRI BEYLE l-tO
pidité en toute occasion, se distingua particulièrement au combat en avant de Castel-Franco ^... »
Consultons la chronologie et la géographie.
Le 31 décembre Beyle était à Milan, « pour quelques jours » encore, disait-il, et blessé d'un coup de sabre. Supposons, il le faut bien ^, que brusquement, et dès le lendemain, il ait reçu l'ordre inattendu de partir pour l'armée. Admettons qu'éclopé, mais plein d'énergie, il ait en hâte fait seller son cheval, et couru bride abattue sur la route de Vérone. Or, de Milan à Vérone, on compte environ cent cinquante kilomètres. Il est bien difficile de croire que Beyle, cavalier médiocre, et infirme, ait pu faire le trajet en moins de quatre jours ^. Il y arriva donc tout au plus le 4 janvier. Mais l'armée française, qui avait occupé Vérone la veille, poussait déj à plus avant *. Le 5, le 6 peut-être, Beyle la rejoignit enfin. Il lui restait sept ou huit jours pour s'ilhistrer 5.
Si brillante qu'ait donc été la part prise par Beyle à ces grands événements, il faut bien admettre qu'elle fut brève. Cette semaine guerrière formera une époque glorieuse, mais unique, dans son existence. Ce seront là toutes ses campagnes. Il nan fera jamais d'autres comme soldat, puisque, s'il accompagne plus tard la Grande Armée à travers l'Europe, c'est dans le rôle, honni par les combattants, d'officier de l'intendance. Ainsi nous n'avons que ces huit jours pour y placer toutes les « preuves de bravoure et d'intrépidité » que Beyle donna « en toute