Id
a pour l’argent mieux que du dédain, du dégoût, un dégoût de grand seigneur et d'artiste. Lui qui écrira « contre les industriels », qui méprisera les riches bourgeois de 1830, et fera si mal sa propre fortune, a rougi toute sa vie de s’occuper d’argent. Il considérait « l’argent... comme une triste nécessité de la vie et indispensable malheureusement, comme les lieux d’aisance, mais dont il ne fallait jamais parler 1... »
L’idéalisme de Beyle devait rester incurable. Ce n’est point à vingt ans ?, à l’âge où tant d’épiciers étaient alors poètes, c’est à plus de cinquante que le consul de Cività- Vecchia fait encore cet aveu : «Je détourne mes regards. de tout ce qui est bas... Je sympathise, comme à dix ans lorsque je lisais l’Arioste, avec tout ce qui est contes d'amour... Le conte espagnol le plus commun, s’il y a de la générosité, me fait venir les larmes aux yeux, tandis que je détourne les yeux du caractère de Chrysale... Cet espagnolisme... me fait passer, même à mon âge, pour un enfant privé d’expérience, pour un fou de plus en plus incapable d'aucune affaire sérieuse 3... »
À voir encore aussi rêveur et aussi tendre ce vieux fonctionnaire, que trente années de guerre et d'administration n'avaient point réussi à rendre sage, on peut imaginer ce que devait être l’enfant ardent et neuf, quand il rêvait la vie à quinze ans.
4. « La vue d’une grosse somme d’or ne réveille d'autre idée en moi que l'ennui de la garantir des voleurs.» (H. Br., I, 84.)
Cette répugnance ne lui venait pas seulement de ses rêveries romanesques ; il l’avait trouvée, nous assure-t-il, parmi les siens. Il semble pourtant, et nous l’avons vu, que Chérubin Beyle n'avait point semblable délicatesse.
2. Mais c’est à vingt ans que Lamartine, dans ses lettres à son plus intime ami, mettait dans ses désirs l'argent à côté de la gloire. Apprécions mieux Beyle, qui passe pour vulgaire, en le comparant au poète par excellence du désintéressement et de l'idéal.