‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 117 sur 369 · Id · texte numérisé non relu

Id

3. On peut croire que celle de Rousseau, et du vicaire savoyard, fut profonde, sinon durable. En 1804, Beyle, comme Jean-Jacques, mêle encore à l’admiration de la nature l'enthousiasme pour son créateur (voir Corr., I, 16)

et Buflon intervinrent dans le travail de sa pensée. Il accable de son mépris € ce jésuite de Marmontel », « ce plat Marmontel ! ». N’empêche que son grand-père l’entretenait volontiers du chapitre xv de Bélisaire ?, alors célèbre pour avoir scandalisé les dévots et encouru la censure de la Sorbonne 5. Sous une forme éloquente et facile, bien à l’usage de sa jeune intelligence, Beyle y trouvait les leçons d’une libre philosophie. Point d’athéisme sans doute ; mais ce déisme édulcoré n’était pas plus orthodoxe. L'auteur y célébrait un Dieu bon, disons mieux, un Dieu sensible, à l’image des âmes tendres qui peuplaient les salons des philosophes. Ce Dieu amolli et souriant pouvait plaire à l’optimisme d'Henri Gagnon ; son petit-fils dut voir en lui surtout l’opposé du Dieu des chrétiens, du Dieu de l’abbé Raillanne et de Chérubin Beyle 4. Je crains qu'il n’en soit pas devenu plus déiste. Mais, en confrontant cette image idéale d’un Dieu plein de pitié et incapable de punir avec ce Dieu sans indulgence que lui avaient montré ses confesseurs et ses maîtres, 1l en conclut plutôt que les dogmes sévères du christianisme ne méritaient ni son respect ni sa croyance.

« S'il fallait », lui disait Bélisaire, qu’une religion « me rendît farouche, dur, impitoyable, je l’abandonnerais, et je dirais à Dieu : dans l’alternative fatale d’être incrédule ou méchant, je fais le choix qui t’offense le moins 5. » Beyle avait plus de courage que Marmontel ; il ne se contenta point sans doute de cette hypothèse prudente ; il choisit sans délai l’incrédulité.

"10 Br. TL, 40, 11, 452\(0f..1; 119, TT, 14)-

2. Si Beyle a cité ce chapitre avec précision (H. Br., 161), n'est-ce point la preuve qu’il le lut et le relut, et que son grand-père en fit un des thèmes préférés de ses conversations philosophiques ?

3. Marmontel a conté l’histoire de cette censure au livre VIII de ses Mémoires.

4, « Ne voulez-vous pas que je me représente... Dieu... comme un tyran triste et farouche, qui ne demande qu’à punir ? Je sais bien que lorsque des hommes jaloux, superbes, mélancoliques, nous le représentent, ils le font colère et violent comme eux... » (Bélisaire, 287, éd. complète de Marmontel, 1819, t. III, 17e partie). Beyle, plus tard, se représentera toujours le Dieu des chrétiens comme le dieu de l'enfer. Voir par exemple l’Hist. de la Peinture, Michel- Ange.

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