Arch. de Grenoble, LL
étaient tenus d’assister ? Le spectacle avait pourtant de quoi frapper son imagination.
Cela se passait dans la vieille église Saint-André, transormée en temple décadaire !. Ses sombres voûtes gothiques voyaient se dérouler des pompes étrangement nouvelles, et retentissaient maintenant d’une éloquence profane. Car la rhétorique était l’amusement préféré de cette génération naïve, et l’on faisait, dans ces fêtes, grande débauche de discours ?.
À chaque décadi se célébraient les mariages ; on en donnait le spectacle moralisateur aux jeunes élèves, et à la population bénévole. Mais quelques-uns d’aventure, — le Grenoblois est malicieux, — s’amusaient de ces unions touchantes, et troublaient par des plaisanteries peut-être libres l’émotion des assistants. Le journaliste sévère adresse souvent des réprimandes à ce public trop léger.
Puis il y avait les grandes fêtes, fêtes anniversaires ou fêtes symboliques. Symboles et anniversaires variaient d’ailleurs selon les époques, et suivaient les fantaisies changeantes de l’opinion. On avait vu jadis, le 20 prairial an Il, Dubois-Fontanelle, aujourd’hui professeur à l’Ecole centrale, solennellement « brûler les rouleaux du Despotisme. » Ces rouleaux, « rappelant les décrétales capitulaires, maximes du droit royal, etc. », avaient été € placés sous la figure hideuse du despotisme », et « livrés aux flammes % ». Maïs, au temps de l'Ecole centrale, le symbolisme devenait moins compliqué.
C'était, en germinal, la fête de la Jeunesse. On la célébrait « par des chants civiques, par des discours sur la
1. L'église Saint-André avait été fermée au culte dès le 9 décembre 1790. Elle servit d’abord de lieu de réunion à la Société populaire. À prairial an JT, le Conseil général avait décidé qu’elle deviendrait un magasin à fourrage. Mais on revint sans doute sur cette décision, puisqu’en l’an V nous voyons les fêtes décadaires se donner à Saint-André. (Inventaire sommaire des archives communales de Grenoble, par Prudhomme, série LL, p. 36, 45, 58.)
2. Les divers journaux de Grenoble mentionnent fréquemment des discours prononcés par des professeurs de l’Ecole centrale, mais le plus souvent sans désigner autrement les auteurs.