‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 171 sur 369 · Corr., TI · texte numérisé non relu

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voir Mélanie Guilbert, tragédienne, qui était « supérieurement bien faite », se baigner dans l’Huveaune, aussi nue que la Léda du Corrège, il se rappellera « vivement » la peinture qu’il avait admirée chez M. Le Roy !. Après avoir cherché la réalité dans l’œuvre d’art, il retrouvait l’art dans la réalité. Ce n’est pas dire peut-être que l’art tout

pur ait eu un grand rôle dans la première impression que fit à Beyle un tableau ?.

« Jay, grand hableur de cinq pieds dix pouces, sans l’ombre de talent, mais bon pour enfiévrer… la tête des enfants. »

(4. Br. I, 238.)

Beyle arrivait donc pauvrement préparé aux cours de dessin que professait à l'Ecole centrale L. J. Jay, «peintre d'histoire 8 ». C’était un personnage emphatique et ridicule ; il inspirait à ses élèves un vif enthousiasme.

LH Br 14183

2. Il l'avoue : « Tout cela, comme on sent, est fort indépendant du mérite du paysage, qui était probablement un plat d’épinards, sans perspective aérienne. » (H. Br. I, 183.)

3. Louis Joseph Jay était né à Saint-Hilaire de la Côte (Isère), le 8 mars 1755.11 ne mourra qu’en 1836. On trouvera des renseignements sur lui dans une notice publiée par R. Colomb, chez Didot, en 1836 (in-80, 41 pages), et dans Rochas, Biographie du Dauphiné. Cf. Vie d'Henri Brulard, passim.

Avant d’être appelé à Grenoble par le Jury central d'instruction, il professait le dessin à Montpellier, où il avait pu exercer un talent naturel pour la réclame et l'éloquence. Le cours de dessin de Jay tient une place prédominante dans les journaux de Grenoble, et dans les Prospectus de l’Ecole centrale. Dès le 15 mai 1797, Jay faisait annoncer dans le Clairvoyant que son cours s’ouvrirait le 1% prairial, et aurait lieu tous les jours de 4 à 6. Bientôt les élèves affluèrent ; il en eut, d'après Rochas, 160, que l'imagination de Beyle porte à trois ou quatre cents (H°°Br., Ul, 26).*

Il ne se borna point à son rôle de professeur. Son zèle intelli à donner, malgré eux, un musée aux Greno rance en fait de beaux-arts.

gent le poussa blois. « L'absence de goût et l’igno- .. étaient telles alors » à Grenoble, d’après Rochas,

* D'après les documents d'archives, ils étaient exactement 105 en l’an V, et 162 en l'an VI ; nous n’avons pas les chiffres pour l’année suivante.

Beyle s’est rappelé surtout qu’il avait « einq pieds dix pouces », et qu'il savait € allumer l’émulation la plus violente » dans les cœurs de ses disciples !. Pourtant, si ce professeur à « l’air majestueux et paterne » avait pu rassembler plusieurs centaines d'élèves, il le devait aussi à quelques louables originalités de son enseignement ?. Il ne se bornait pas à corriger leurs dessins et à exciter leur vanité. Beyle ignore-t-1l que son maître devint un écrivain et un critique d’art 3? Ne l’avait-il pas entendu exposer à ses élèves quelques-unes des idées qu’il devait plus tard répéter dans ses livres? Au milieu de chaque leçon, Jay «faisait lire à haute voix la vie d’un des peintres

« qu’on traita de fou et de visionnaire » cet audacieux novateur. « Le préfet, l'autorité locale, et les sots, lui suscitèrent toutes sortes de difficultés... Après six années de peines infinies, Jay eut » pourtant la victoire, et le musée qu’il avait créé fut ouvert solennellement le 10 nivôse an IX. Il en fut conservateur jusqu’à l’année 1815, où la réaction royaliste destitua cet ancien révolutionnaire. Il avait été nommé en 1814 membre correspondant de l’Académie des beaux-arts.

Le musée de Grenoble possède un beau portrait de L. J. Jay, par Pajou. Il y apparaît plein de feu.

1. Un des moyens qu’il employait, c'était de leur promettre la gloire. Dans le Tableau de la distribution des prix, à la fin de l’an V (imprimé, Arch. de l'Isère, L 378), il écrivait : « En général les élèves nombreux de ce cours ont montré le plus grand zèle... L'examen de leurs ouvrages annonce que bientôt ils vengeront cette partie de la république de l'oubli des arts dans lequel elle était restée. La nature et l’art s’uniront dans ces belles contrées pour produire des hommes célèbres... »

Jay faisait chaque mois un choix parmi les dessins de ses élèves, et exposait les meilleurs, jusqu’au mois suivant, dans une des salles du musée.

2. Cet enseignemeut était donné en cinq classes différentes : Ronde bosse, Académies, Grandes têtes, Principes, Ornements. Le professeur s’ingéniait à le perfectionner. Il exposait des gravures aux yeux de ses élèves pour leur montrer la manière de chaque peintre. En revanche il tenait à faire dessiner d’après des dessins originaux *, et non d’après des gravures. (Rapport de Jay au préfet de l'Isère, an IX : Arch. de l'Isère, L 378.)

Nous avons l'inventaire des plâtres qui lui servaient de modèles (Arch. de Grenoble, LL 223). Jay ne proscrivait pas la réalité ; on y voit neuf moulages de bras ou de pieds d’après nature, six mains, et un sein de femme. Les statues antiques étaient les plus nombreuses, et Jay, dans leur choix, montre un goût large et nulle pudibonderie ; les Vénus les plus nues y sont nombreuses, et parmi elles «la Vénus aux belles fesses ».

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