C'est là que vingt beautés, colombes gémissantes
Promènent leurs beaux yeux, à l’aventure errans, Et que l’amour vainqueur frappe les innocentes Sans prendre l’avis des parents.
Du coin de l’œil ,en le quittant L’amante suit l’amant, et craint qu’une rivale Charme le cœur de son amant.
La mère, au front rigide, à l’œil encore ardent, Fait partir aussitôt sa fille :
Elle la suit, de crainte qu’un amant N’augmente un jour, sans son consentement, Son aimable et tendre famille.
Ainsi Hatot-Rozière nous décrit les soirées amoureuses du Jardin de Ville, justement en cette année 1797 que Beyle commençait à le fréquenter.
3. On trouve, dans le livre déjà cité de Manacorda (142-143), un intéressant tableau de Grenoble au moment précis où Beyle en va partir.
En ce temps-là, les dames de Grenoble se partageaient, suivant leurs préférences politiques, entre la cathédrale et le temple décadaire. Vincenzo Lancetti fait ainsi, dans son diario, le compte rendu de la journée du 30 floréal an VII :
«.. Je vais au temple décadaire. Belle cérémonie à laquelle assistent le général, l'état-major et les autorités constituées. Grand concours de spectateurs. Musique et hymnes républicains. Discours... Mariages... Belle journée. Foule aux jardins et dans la rue. Beauté et grâce du sexe. Files de femmes, plus belles et plus élégantes les unes que les autres *.. »
L’admiration de cet habitant de Milan, qui avait de quoi comparer, est un témoignage précieux sur la beauté et l'élégance des compatriotes de Stendhal.
* « … Bellezza del sesso e sua leggiadria... una più bella e più galante dell altra...»
IT