‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 27 sur 369 · II · texte numérisé non relu

II

4. Il décrit ailleurs (id., 131) « cette tête ronde et large [tout à fait la sienne] si fréquente dans les montagnes des Allobroges, et par suite de quoi, peut-être, ils portent tant de constance et de finesse dans l'exécution de leurs desseins…. »

5. La remarque en avait été faite dès longtemps. L'intendant Bouchu, dans les dernières années du xvui° siècle, écrivait : « Le caractère le plus commun du pays. est d’être fin et caché. » (Cité par de Crozals, Caract. dauph., 16.)

6. «.… je croirais assez que c’est ce génie profond et profondément timide et ennemi des premiers mouvements qui a donné son empreinte au caractère dauphinois. » (H. Brul., I, 44.)

7. Mém. d'un Tour., II, 124. De même (id., I, 79) : « Le pays de l'esprit fin.., Grenoble ». Ou encore (id. , ib., 81) : « Grenoble s’est un peu élevé au-dessus de l'atmosphère de préjugés qui l’environne par la raison profonde »; et plus loin (92) : «… Dijon, qui pour l'esprit n’a de rivale en France que Grenoble... »

« Les habitants, dit-il encore, ont beaucoup de la finesse des Normands 1... » — « ..… il est absolument contre la nature du Dauphinois d’être dupe. De sorte que, même en fléchissant le genou devant la plus triomphante des hypocrisies, il ne peut s’empêcher d’encourir sa haine en montrant, par quelque détail imprudent, qu’il n’est pas sa dupe ?. »

Tel Stendhal toujours, et sa peur maladive, à lui aussi, d’être dupe ; — et l’incorrigible ironie dont il ne savait pas dissimuler le sourire parmi les puissants et devant ses chefs.

Stendhal n’ajoute pas, mais ce sont les conséquences de ses propres définitions, qu’un peuple si profondément raisonnable donnera plutôt des observateurs, des moralistes, des romanciers que des poètes ; les Grenoblois n’ont pas beaucoup d’imagination %, du moins de l’imagination qui invente loin du réel, dans la fantaisie ou dans le rêve ; quant à cette forme de l’imagination, qui exagère seulement et transforme le réel à force de le sentir intensément, Stendhal la possédait plus que personne, sans être pour cela infidèle à sa race.

Irons-nous jusqu’à dire que le sentiment du beau s’accommode mal d’une âme ainsi tournée tout entière vers l’aspect réel des choses? puis, quand on est si fin, si

4. Id., IT, 127. Voir (id., I, 37-88) l'amusant entretien d’un Normand et d’un Dauphinois.

La comparaison des deux races à été reprise par d’autres que Stendhal. Le Dauphinois, comme le Normand, est avare et processif : « Le bien péniblement acquis est défendu avec âpreté », écrit de Crozals (op. cit., 20). Stendhal, généralisant à l'excès son propre cas, avait déjà écrit que, dans le Dauphiné, « l’avarice des pères est barbare envers les enfants. » (CF. aussi p. 135). — « Les Dauphinois sont rusés et un peu plaideurs », écrivait Saugrain dans son Nouveau voyage en France (1778 ; cité par de Crozals, 20). Cf. A. de Gallier, La Vie de Province au XVITIE siècle , 100.

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