PRÉFACE VII
Ecolier philosophe et mathématicien, Henri Beyle ne néglige pourtant ni l’amour ni la volupté. Ils viennent à propos corriger une éducation trop cérébrale. Grenoble, ville de plaisirs et d’intrigues, et Romain Gagnon, le don Juan de Grenoble, favorisent chez Beyle cette inclination nécessaire. L’amour lui apparaît sous la figure d’une actrice d’opérettes, et, pour la volupté, il se contente d'y rêver, en lisant des contes polissons.
Beyle échappe donc de toutes parts à l’influence famihiale. Il achève de se libérer en devenant un révolutionnaire et un incrédule.
Une réaction contre les principes paternels avait été la première cause du goût de Beyle pour la Révolution. Le spectacle de la rue, les fêtes républicaines et le défilé des soldats, achèvent de le séduire. Par l’héroïsme surtout, la Révolution conquiert son imagination et son cœur.
Jacobin et philosophe, Beyle devenait mûr pour l’impiété. Une éducation très religieuse, la dévotion de son père et de sa tante, les sermons de l’abbé Raillanne, l'avaient de bonne heure préparé à l’anticléricalisme, qui le mène insensiblement à l’athéisme.
Ainsi se forme Beyle pendant les dix-sept années de sa vie dauphinoise, sous l’influence continuelle et diverse des êtres et des choses. Et la nature elle-même vient ajouter son empreinte à tant d'empreintes superposées et confondues. Les montagnes de sa terre natale enveloppent d’images romantiques cette ardente adolescence. .
Avec le siècle finissant, Beyle quitte sa patrie pour faire la conquête de Paris. Il n’y trouve n1 la maîtresse ni la gloire qu'il y venait chercher, mais l’eflicace protection de cousins tout puissants : Pierre Daru, son bienfaiteur et sa victime, Martial, son meilleur maître en galanterie.
Ils l’'emmènent en Italie, et lui révèlent ainsi sa destinée. A Milan Beyle découvre le bonheur, sans l’y avoir cherché. Après quelques semaines d’émerveillement, la solitude le rend mélancolique, et la mélancolie lui fait faire une brève sottise, dont il gardera toute son existence le souvenir.