‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 36 sur 369 · Id · texte numérisé non relu

Id

3. Stendhal nous l’affirme (4. Br., I, 37), mais les documents qui m'ont été communiqués par M. Guillemin, et que nous retrouverons, nous en donnent une preuve beaucoup plus précise.

4. Cette maison, dont je reparlerai à loisir, n'avait point une belle facade ; elle n’étalait aucun luxe. Cf. H. Br., I, 37.

0 HABr:, 0 50.

donner au plus grand nombre. Avant la Révolution, il mettait en pratique, selon ses moyens, les idées des € philosophes 1 ».

Si l’on en croit Beyle ?, c’est lui qui eut alors la pensée de fonder une bibliothèque publique. « Il persuada à ses concitoyens de faire une souscription ; il donna lui-même assez d’argent, et l’on acheta la nombreuse bibliothèque d’un évêque qui venait de mourir 8, » Rien d’impossible à ce que le docteur Gagnon ait eu en effet l'initiative de la souscription 4 Il fut dans tous les cas l’un des douze choisis par les souscripteurs pour former la commission administrative de la bibliothèque nouvelle 5.

Avec ses onze collègues, et huit autres qui vinrent s’ajouter à eux, Henri Gagnon fonda l’Académie Delphinale 6. Il avait à la perfection les mérites qui conviennent à un académicien de province. Ingénieux et disert, 1l faisait

4. C'est le philosophe et l’encyclopédiste que l’on reconnaît aisément dans le discours qu’il prononce, le 2 mai 1787, sur la fondation d’une bibliothèque publique. Après avoir invoqué « le véritable esprit philosophique, l'amour des hommes et de la patrie, le progrès de la bienfaisance », il ajoutait « qu'il était réservé à notre âge de produire des choses utiles. ; le soleil vivifiant de la philosophie n’avait point encore échauffé ce sol inculte, qui n'avait produit jusqu’alors que les ronces de l'ignorance et les épines des préjugés. etc. »

2, H. Br., I, 55.

3. Mémoires d'un Touriste, II, 147. Henri Beyle se plaît à rendre, dans cette page, un hommage désintéressé et touchant à celui des siens qu'il a le plus aimé : « Je suis allé visiter la bibliothèque fondée en 1773 par un homme d’un esprit supérieur, dont on m'a plusieurs fois répété le nom à Grenoble, M. Gagnon. »

4. Souscription qui s’éleva à 67.888 livres, et permit, en juillet 1772, d'acheter les 33.644 volumes de feu l’évêque Jean de Caulet.

5. Le goût pour les cabinets d'histoire naturelle était alors de mode, grâce à Buffon. (V. A. de Gallier, La Vie de Prov. au XVIII siécle, 71.) On établit donc à Grenoble un cabinet d'histoire naturelle, et Henri Gagnon collabora encore à cette fondation (cf. la note 3 de la page 50).

6. En 1772. Henri Gagnon en fut le premier secrétaire perpétuel. L'Académie Delphinale fut reconnue par lettres patentes de 1780 et 1789. Mais les séances furent suspendues en 1790. En floréal an IV, d'anciens académiciens sollicitèrent l'autorisation de se réunir sous le nom de Lycée des sciences et des arts. Mais Henri Gagnon ne se fit admettre dans cette nouvelle société que le 18 messidor an VIIL: il en devint vice-président le 197 fructidor suivant, et président le 2 thermidor an IX. Le Lycée devint la Société des sciences et des arts en l'an X. Elle a repris aujourd’hui son premier nom.

Le docteur Gagnon se trouvait alors dans cette société en compagnie des hommes qui seront, à l'Ecole Centrale, les maîtres de Beyle, et que nous retrouverons, l'abbé Gattel, Dupuy de Bordes, Ducros, et Dubois-Fontanelle.

d'excellents discours académiques, et se plaisait à en faire . Quelques-uns ont subsisté ; nous avons la liste de beaucoup d’autres 2. Ils sont d’une agréable variété, puisqu'on y trouve l’éloge des lettres, et de M. Necker, une étude sur la rétention de l’urine, et sur le plâtre considéré comme engrais, une histoire du galvanisme, et des observations sur les volcans d'Auvergne. Une douce chaleur les anime, une imagination fleurie les embellit ; mais ils sont pleins surtout de mesure et de raison ©.

Sa notoriété littéraire, et l’estime qu’avaient pour cet honnête homme tous les partis, le feront plus tard désigner comme chef du jury chargé d'organiser l’Ecole centrale de Grenoble. « Le fondateur de la Bibliothèque publique devait à sa considération dans le monde d’être

1. « … il aimait beaucoup... à faire un discours devant une assemblée choisie, par exemple à la Bibliothèque. Je m'y vois encore, l’écoutant dans la première salle remplie de monde. ».(H. Br., T, 60.)

2. Le 2 mai 1787, Discours historique sur l'établissement de la bibiothèque publique, du cabinet d'histoire naturelle, el de la société littéraire (18 pages, dans les Mémoires de la société littéraire de Grenoble, auxquels j’emprunte tous ces renseignements sur l’Académie delphinale. Cf. aussi Prudhomme, Hist. de Gren., 553-554.)

Le 12 mars 1788, un discours de 28 pages sur des mémoires déposés à l’Académie.

Le 29 pluviôse an IX : discours sur la translation du musée de Grenoble dans l’ancienne église du collège.

Le 17 nivôse an X : Ældge de Dolomieux.

Le 7 ventôse an X : Discours d'ouverture de la séance.

Le 16 germinal an X : Rapport sur un mémoire. ayant trail à la rétention de l'urine.

Le 8 prairial an X : Mémoire sur le plâtre ou gypse, considéré comme engrais.

Le 9 floréal an XI : Histoire abrégée du galvanisme. :

Le 29 ventôse an XII : Rapport sur l'ouvrage de M. LEacoste..., intitulé Observations sur les volcans d'Auvergne.

Le 25 messidor an XII : Rapport sur le dictionnaire de pharmacie par M. Rivet.

3. Voici par exemple en quels termes il discourait de la bibliothèque nouvellement fondée et du cabinet d'histoire naturelle, plus récent encore :

« La bibliothèque, telle qu'un flambeau qui, en éclairant tout à coup les objets qui nous environnent, et dont nous ne soupçonnions pas même l’existence, nous en fait connaître toutes les beautés, a développé le germe de beaucoup de talents, et a fourni l’occasion d'acquérir des connaissances de toute espèce. » Il rappelle le zèle des lecteurs, qui étaient souvent plus de cent; on y voyait les soldats à côté des officiers, « Mais, continue-t-il, le désir d’acquérir des connaissances, semblable an feu qui s’anime en proportion des aliments qu’on lui fournit, voulut embrasser tous les objets. Les livres devinrent insuffisants pour ceux qui voulaient lire dans le grand livre de la nature», et l'on dut fonder un oabinet d'histoire naturelle, ( Discours du 2 mai 1787.)

le chef de l'Ecole centrale », dit son petit-fils 1. Et Henri Gagnon, à la séance d’ouverture, fit encore un discours 2.

Ce rôle de protecteur des lettres, il le jouait encore dans l’intimité des relations sociales. Il était l «ami tendre et zélé de tous les jeunes gens qui aimaient à travailler, prêtait des livres à M. Mounier, et le soutenait contre le blâme de son père. 8 » Cette manière plus discrète et plus affectueuse était mieux encore dans sa nature. Peut-être, comme les débuts de Mounier, protégea-t-il aussi ceux de Barnave 4. Il fut, dans le meilleur sens du mot, médecin des esprits comme des corps 5.

Aussi peut-on s'étonner qu’il n’ait pas été élu, en 1789, député du Tiers-Etat 6, Peut-être, ainsi que le dit Stendhal, « sa prudence à la Fontenelle » l’empêchait-elle (d’avoir une ambition sérieuse ». Faire le long voyage de Paris pour y défendre la liberté publique, cela dépassait l’ardeur de son dévouement : il aimait ses aises. Puis ce n’était pas un héros. « J’y serais mort », répétait-il souvent en se félicitant d’avoir refusé les voix de plusieurs bourgeois de campagne 7. »

1H. Br., 1,238:

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