H. Br., I, 81. Cf. plus haut
. Id., 135.
. C'est-à-dire, en dauphinois, une sorte de croûte de lait. (Zd., 148.) HEDr. 1137:
a tr
dans l'esprit d'Henri Beyle. Ils n’allaient jamais sans gronderies. Chérubin était de ces parents qui ne perdent pas une seconde leur enfant de vue, qui surveillent tous ses gestes, pour les rectifier, toutes ses paroles, pour les corriger. Tout devient donc prétexte à une morale appropriée. Ils enferment la libre spontanéité, les jolis caprices de l'enfant dans un réseau de petites leçons sages, froides, minutieuses et innombrables, auxquelles il ne saurait jamais échapper. C’est une pluie Imcessante qui l’énerve, ou l’abêtit 1. Beyle n’était pas de ceux qu’on abêtit ; il s’exaspéra. Par l’effet de cette imagination qui lui créait des chimères et des monstres, ces parents si attentifs à ses moindres actions lui semblèrent des persécuteurs acharnés à le faire souffrir. Ses nerfs trop sensibles lui exagérèrent les gronderies de son père, pleines de bonnes intentions ; il crut y voir de la haine. Il la rendit avec usure. Triste victime d’une éducation trop fignolée et trop minutieuse.
«… mes parents, s’ennuyant beaucoup, par suite de leur séparation de toute société, m’honoraient d’une attention continue... » — « Dans leur humeur noire, j’étais leur unique occupation, ils décoraient cette vexation du nom d'éducation et probablement étaient de bonne foi ?.»
Ces remontrances étaient pourtant présentées avec douceur. Mais Chérubin Beyle gardait toujours l'air grave qui lui semblait convenir à la dignité d’un père $.
1. Pierre de Coulevain a finement noté ce défaut de l'éducation bourgeoise : « Les enfants des riches ne sont pas aussi heureux qu’on le croit..., ils n’ont aucune liberté ; ils sont oppressés par une foule de conventions idiotes.. On ne leur donne pas de taloches, mais on les exaspère avec des sermons.. Plus d’une
fois, j'ai envié les petits miséreux que je voyais se battre et se poursuivre... » (Au cœur de la vie, 104-106.)
2 2HABre, DUMAS:
3. Une lettre non signée de la bibliothèque de Grenoble, écrite à Beyle par un de ses amis (21 germinal an XIII : R 302), explique parfaitement l’attitude de Chérubin en face de son fils . le docteur Gagnon a affirmé à l’anonyme que Chérubin Beyle aimait « passionnément » Henri, « mais qu’il craignait de » le lui « faire connaître, parce qu’il voulait garder de l’autorité sur » lui, «et qu’il craignait en » Jui « montrant trop d'amitié de devenir » son « égal ».
Stendhal a écrit : « Dans l'éducation sévère des familles suivant les mœurs de
l'ancien régime, par-dessus tout les parents songeaient à se faire respecter et craindre...» (HI. Br., II, 308.)
D'ailleurs peut-être était-il timide même avec son fils, et la timidité fait un visage guindé et sévère. Si bien que l’enfant, glacé par cette froide apparence, sous la douceur même des reproches ne voyait que de l'hypocrisie. Sa logique simpliste lui faisait penser que, si son père l'avait aimé, il ne l’aurait point grondé. Et, qui pis est, à cinquante ans, Stendhal refait encore ce mauvais raisonnement :
«€... Mes tyrans me parlaient toujours avec les douces paroles de la plus tendre sollicitude... J’avais à subir des homélies continuelles sur l’amour paternel et les devoirs des enfants... 1»
Cela fit grand tort à Chérubin d’avoir un goût naturel pour les phrases un peu poncives, et pour les sentences morales. Le petit en aurait crié d’ennui ; il eût davantage pardonné à son père un peu de brutalité. Mais celui-ci était la patience même ? ! A la vérité cette patience sèche, contenue, impassible $, faisait pour un enfant vif et nerveux le plus exaspérant des supplices.
Le premier vice de cette éducation, et le pire, ce fut donc un malentendu. Chérubin Beyle était persuadé, non sans de bonnes raisons peut-être 4, que son fils avait «un caractère atroce ». Mais il ne savait pas voir dans cet enfant la petite âme naïve et soupçonneuse, qui croyait trop vite à la haine parce qu’elle eût voulu beaucoup de tendresse. Et Henri Beyle se figurait que son père était un tyran qui ne l’aimait pas. Ils se connaissaient aussi bien l’un que l’autre 5.
HOREPBPE AN TLSS
2. Stendhal avoue qu'il ne l’a frappé que deux ou trois fois. (/d., 141.)