‹ La Jeunesse de Stendhal (volume 4)Chapitre 60 sur 369 · Cf. id · texte numérisé non relu

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4. « Ce ne devait point être un enfant commode à mener », remarque avec bon sens M. Alphonse Séché. (Stendhal, 8.)

5. Un malentendu analogue sépara Benjamin Constant et son père. L’on trouverait à ce sujet au début d’Adolphe quelques réflexions, que l’on pourrait croire faites par Stendhal : « Ma contrainte avec lui eut une grande influence sur mon caractère. Aussi timide que lui... je m’accoutumai à renfermer en moi-même tout ce que j'éprouvais... Je contractai l'habitude de ne jamais parler de ce qui m’occupait, de ne me soumettre à la conversation que comme à une nécessité importune, et de l’animer alors par une plaisanterie perpétuelle. qui m'aidait à cacher mes véritables pensées. De là une certaine

La méthode des éducateurs était donc tracassière et inintelligente. Les principes d’éducation étaient pires encore.

D'un enfant vif, passionné, raisonneur, on voulut faire un petit modèle de convenance et de distinction bourgeoises. Avant tout, dans cette famille du meilleur ton, il fallait avoir de « bonnes manières », et l’on sait que cela consiste essentiellement à remuer, parler et penser comme tout le monde.

Or Stendhal, même devenu grand, saura moins que personne ménager les bienséances ; il fera le scandale des salons où il fréquentera. On peut s’imaginer, tout petit, comme il lui était possible de retenir sa langue, et d'arrêter une réflexion saugrenue. À chaque instant il heurtait, avec ses saillies d’enfant, une des nombreuses idées que l’on vénérait dans la famille Beyle. On Île rabrouait, on le faisait taire, on l’appelait « vilain impie ». Plus on soignait son éducation, plus il semblait mal élevé. Ii ne respectait rien, parce qu’on voulait lui faire respecter trop de choses.

Mais les élans de son cœur surtout blessaient le sentiment des convenances, si scrupuleux dans Chérubin Beyle. Les fureurs, même les joies ardentes de son fils lui semblaient vulgaires. Cet homme, qui ne connaissait pas la gaieté, trouvait indécent un rire trop libre et trop franc. Ne gronda-t-il pas l'enfant, un jour qu'il le vit «pouffer de rire » en lisant Don Quichotte ? « Mon père. me menaçait de me retirer le livre, ce qu'il fit plusieurs fois, et m’emmenait dans ses champs pour m'expliquer ses projets de réparations !.… » Chérubin Beyle en arrivait à faire de la gravité une vertu. Mais déjà Henri Beyle

absence d'abandon qu'aujourd'hui encore mes amis me reprochent... Il en résulta en même temps un désir ardent d'indépendance, une grande impatience des liens dont j'étais environné, une terreur invincible d’en former de

nouveaux... » (Ch. I, cité par Rudler, Jeunesse de Benj. Const., 62.) 1. H. Br. I, 108

détestait la gravité ; cette petite âme ardente y verra bientôt une hypocrisie mondaine, le masque odieux de toutes les passions inavouables 1,

Cette éducation triste et étroite était encore une éducation pusillanime. On avait peur de tout pour Henri Beyle. Il était élevé avec autant de prudence qu’une petite fille. Pour faire de lui cet enfant accompli, d’une aristocratique distinction, on voulut le préserver des fréquentations vulgaires. Noblesse oblige ! « Mon père... ne craignait rien à l’égal de me voir aller avec des enfants du commun ?,»

Stendhal ne l’a jamais pardonné à ses parents : leurs scrupules et leurs préjugés lui ont fait la plus sombre des enfances, une enfance sans jeunesse et sans jeux : ( Je voyais sans cesse passer sur la Grenette des enfants de mon âge qui allaient ensemble se promener et courir, or c’est ce qu’on ne m’a pas permis une seule fois $... »

Pour le consoler du chagrin qui le « dévorait », on lui permettait des promenades en voiture avec une vieille dame « sèche et dévote ». — « Quel équivalent pour une promenade avec des petits polissons de mon âge L»

Si bien que Stendhal, il nous l’avoue la haine dans le cœur, Stendhal n’a jamais joué aux billes. |

La moindre liberté devenait un sujet de scrupules pour Chérubin Beyle, trop soutenu par Séraphie 4 On ne voulait pas que l'enfant quittât le giron de ses parents,

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