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3. «… on équipait les enfants et on en composait un petit régiment qu’on appelait le bataillon de l’Espérance. Ils manœuvraient, élisaient leurs chefs tous les trois mois, et, comme leurs parents, se dénonçaient fréquemment les uns les autres. » (Prudhomme, Hist. de Grenoble, 642-643.)
Ce bataillon de l’Espérance fut formé au printemps de 1794. L'affaire du billet Gardon, de laquelle Beyle ne peut préciser la date, doit donc se placer dans le courant du printemps ou de l'été.
4. Qui était une église désaffectée, et non un « collège », comme le croit M. A. Séché : « Ce Gardon avait eu l’idée de donner aux élèves du collège Saint- André une première instruction militaire. » (Stendhal, 18.)
qu'il pût être incorporé dans le bataillon de l’Espérance. Cela finissait par : Salut et fraternité, Gardon 1. »
Ses parents, égarés par la peur, faillirent se laisser prendre au naïf machiavélisme d’un enfant. Mais un affreux bossu, qui donnait à la petite Pauline des leçons d'écriture, découvrit la fraude.
On jugea gravement le coupable’: il s’était proposé de (répondre en Romain » ; mais, écrasé par la majesté du inibunal de famille, il répondit en enfant, s’attendrit comme un mais », fut « pitoyable ? ». Les parents et le bambin, avec une naïveté égale, prirent au tragique cette puérile histoire. Dans la famille Beyle, on faisait de la vie un drame sérieux, parfois lugubre 3.
«... cette affaire, que Séraphie ne manqua pas de me reprocher... éleva comme un mur entre mes parents et moi. Je le dis avec peine, je commençai à moins aimer mon grand-père 4... »
La bataille pour la liberté fut perdue ce jour-là. Beyle avait employé les armes de l’esclavage, la ruse et la perfidie : le tout en vain.
1. H. Br., 1, 144.— L'anecdote telle que Beyle la raconte est sans doute incomplète. Les archives de Grenoble (LL 148) contiennent la liste de recensement dressée, le 18 floréal an Il, par les « membres du comité de surveillance de la cinquième section dite de Brutus * ». Elle contenait les noms des 125 jeunes gens (de 8 à 18 ans) capables d’entrer dans le bataillon de l’ Espérance. Or, on y trouve inscrit « Marie Henry Belle » (sic), « petit-fils » du docteur Gagnon.
Il est certain que ses parents furent avertis, et probable qu’ils ne se soucièrent point d’obéir. Mais sans doute Henri Beyle connut cette volontaire négligence, qui le désola. D'où sa tentative.
2. « J'avais le projet de menacer d’aller moi-même déclarer à l'abbé Gardon ma résolution de servir la patrie. Je fis cette déclaration, mais d’une voix faible et timide... Mon grand-père... me condamna... J'aime bien mieux, leur dis-je, dîner seul qu'avec des tyrans qui me grondent sans cesse. » (H. Br., I 146.)
3. Disons, pour leur excuse, que les temps peut-être en étaient cause. Cet enfantillage pouvait avoir des conséquences graves. « Le fils d’un notoirement suspect, toujours hors de prison au moyen de sursis successifs, venant demander à l’abbé Gardon de servir la patrie, que pouvaient répondre mes parents, avec leur messe de quatre-vingt personnes tous les dimanches ? » (H. Br., I, 147.)
Voilà justement pourquoi ils en voulurent à ce dangereux enfant.