‹ La jeunesse de StendhalChapitre 123 sur 288 · H. Br · texte numérisé non relu

H. Br

3. Horaiii Flacci Poemala, scholiis... illuslrata a Joan. Bond..., Amslelodami, apud Dan. Elzevlrium, 1676, pet. in-12.

4. « ... mon excellent grand-père..., à son insu, me communiqua son culte pour Horace, Sophocle, Euripide et la littérature élégante. » (Id., 119.) « A son insu » est injuste. Quant à Sophocle et Euripide, on ne voit pas qu'ils aient été très familiers à Stendhal. Retenons en passant ces mots caractéristiques : « la littérature élégante ».

5. Horace n'est point d'ailleurs un écrivain qu'il aime à citer, comme Virgile, par exemple.

6. Corr., I, 423. La lettre, datée de 1814, est certainement de 1810.

jourd'hui. » Mais le fit-il? Horace eût approuvé, je crois, quelques principes du beylisme, mais il aurait jugé sévèrement la façon dont le pratiquait son inventeur.

On se souvient que Voltaire ^ partageait avec Horace les préférences du docteur Gagnon. Mais il est difficile de savoir ce que le vieillard fit lire de lui à son petit- fils. Faute de témoignage direct, et d'après des lettres bien postérieures ^, on peut croire que, dans son enfance, mais à un âge que je ne puis préciser, Beyle connaissait déjà les principales tragédies de Voltaire, le Siècle de Louis XIV et Charles XII ; quand il avait quinze ans, son grand-père lui lut Zadig, et beaucoup plus tôt sans doute lui donna, malgré Séraphie, la Henriade ^. Rien n'indique que Beyle y ait pris du plaisir.

Mais l'enfant, curieux sans doute de mieux connaître un auteur dont il entendait parler sans cesse, voulut compléter les prêts de son grand-père. Il sut découvrir à Claix une superbe édition en quarante volumes, « parfaitement reliée, en veau imitant le marbre * ». Et, bien qu'on eût placé « au rayon le plus élevé de la bibliothèque... ce livre dangereux », il trouva moyen d'en « voler » quelques-uns. Je crains, à vrai dire, que Beyle n'y ait cherché ni le philosophe, ni le destructeur de préjugés, ni même l'homme d'esprit. Il ne parle que de la Pucelle, dont les gravures « lui semblaient ridicules ». Sans doute était-il en quête de plaisirs tout autres que littéraires.

Aussi, bien qu'il y ait chez Henri Beyle, dès sa jeunesse, quelques formes d'esprit voltairiennes, et en particulier une façon trop simpliste de résoudre les questions religieuses, on ne peut mettre Voltaire parmi les écrivains qui ont formé son esprit d'enfant. A l'en croire, il l'aurait même dès lors jugé et condamné : « ... du plus loin que je me souvienne, les écrits de Voltaire m'ont toujours souverainement déplu, ils me semblaient vm enfantillage.

Page 1