II. Br
'2. Beyle, pour prouver l'origine italienne de sa famille, remarquait, on s'en souvient, que sa mère lisait Dante dans le texte. On peut en induire que, dans les livres de sa mère, il n'avait pas trouvé de traduction.
3. D'après une note inédite, du 14 prairial an XI, il semblerait que Beyle lit alors Dante pour la première fois. (Bibl. de Gren., R 589tJ, t. VII.)
Les poètes, comme l'Arioste, l'avaient mis en goût. Mais à mesure qu'approchait l'heure des réalités, les vagues peintures de la poésie et ses embellissements ne lui suffisaient plus. Il voulait s'instruire. !1 se mit à rechercher passionnément les livres grivois.
Privé de toute intimité avec les enfants de son âge, enfermé et muré dans une éducation aussi chaste que celle d'une jeune fille, Beyle désirait, comme tous les adolescents qui grandissent, savoir ce que les parents ne disent point, mais il ne pouvait, comme les autres, s'informer et questionner. Les livres étaient la seule ressource de ce petit reclus : ce furent eux encore qui sur ce point l'initièrent.
Beyle s'adressa tout d'abord à Pline l'Ancien : « Pendant que mon grand-père lisait, assis dans un fauteuil..., vis-à-vis le petit buste de Voltaire..., j'ouvrais les volumes in-4o de Pline, traduction avec texte en regard. Là je cherchais surtout l'histoire naturelle de la femme ^. »
Il en fut mal satisfait. Mais bientôt il trouva mieux :
« Enfin je fus attiré vers un tas de livres brochés jetés confusément ^... C'étaient de mauvais romans non reliés que mon oncle avait laissés à Grenoble... J'ouvris quelques-uns de ces livres, c'étaient de plats romans de 1780, mais pour moi c'était l'essence de la volupté.
Mon grand-père me défendit d'y toucher, mais j'épiais le moment où il était le plus occupé dans son fauteuil à lire les livres nouveaux..., et je volais un volume des romans de mon oncle. Mon grand-père s'aperçut sans doute de mes larcins, car je me vois établi dans le cabinet d'histoire naturelle, épiant que quelque malade vînt le demander... Crac ! je passais dans le cabinet d'études..., et je volais un volume ^. »
Ce qui fait l'intérêt de cette banale histoire, c'est l'ardeur vraiment morbide que mit Beyle à dévorer ces livres défendus. Son éducation monacale lui avait donné un goût très vif pour la volupté.