Journal d'Italie
moment en moment, j'ai tiré tout le fruit que je pouvais attendre de mon système ^. »
Je ne dirai pas que le « système » de Beyle lui vint seulement de Félicia. Beyle subira l'influence de bien d'autres livres. Mais le roué qu'il aura bientôt la prétention do devenir, et qui fera, à vingt ans, sur l'amour, les théories d'un vieux débauché, ce roué-là prit dans Félicia sa première et plus inoubliable leçon -.
Il tira de cette lecture passionnante un autre enseignement très imprévu. Par un retour singulier, Félicia, qui lui avait donné des plaisirs si peu « littéraires », il nous l'a avoué lui-même, Félicia le jeta corps et âme dans la littérature.
« Dès ce moment, ma vocation fut décidée ^ : vivre à Paris en faisant des comédies... Ce fut là mon idée fixe, que je cachai sous une dissimulation profonde *... »
Entendons que Beyle, en trouvant tout à coup dans les livres, qu'il avait toujours aimés, des jouissances d'une qualité si particulière, Beyle les aime avec une passion nouvelle. Il confond le plaisir d'écrire avec le plaisir que lui avait donné Félicia.
La méprise est naïve, mais bien stendhalienne. Dans la vie de Beyle, n'est-ce point l'amour qui explique tout ?
Et voilà comment, par un ricochet inattendu, quelques vieux bouquins, l'amusement secret d'un roué de pro-