‹ La jeunesse de StendhalChapitre 150 sur 288 · Br., I · texte numérisé non relu

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2. Avec eux, « pour parler de quelque chose », Henri Gagnon « parlait littérature et, par exemple, des auteurs sacrés, quoiqu'il ne les aimât guère. Mais cet homme si poli avait toutes les peines du monde à dissimuler... le profond «légoût que lui donnait leur ignorance. « Quoi, même l'abbé Fleury, leur historien, ils ri?:norent ! » Je surpris un jour ce propos, qui rcdoubia ma confiance en lui.» {II. Br., I, 120.)

raisonnements incrédules. Et Beyle se chargea l)ien de les continuer tout seul.

Mais ne hâtons pas trop l'heure de son incrédulité définitive. C'est vers ce temps-là que cet « impie forcené » fit sa première communion, et sans doute avec une extrême ferveur. En eût-il gardé, sans cela, un souvenir inoubliable ^ ? Malheureusement, pour des raisons qu'il ne dit pas, après avoir intitulé son chapitre xviii : La première communion, il ne fait que tourner autour de son sujet ^. Et nous ne connaîtrons jamais les pieuses ardeurs d'Henri Beyle, en ce jour décisif pour la croyance d'un enfant. Rappelons-nous seulement qu'il était aussi disposé que personne à goûter les émotions de la foi. Ce futur admirateur de Fénelon, que nous avons vu servir la messe avec un sérieux si convaincu ^, aurait pu faire, autrement élevé, je ne dis pas un ascète, mais peut-être un mystique. Une religion qui s'adresse au cœur et aux yeux le pouvait séduire ^. Il a compris, avant Renan, la douceur humaine de Jésus. Il était sensible au beau décor du catholicisme. Comme Chateaubriand, comme Huvsmans, l'architecture ou la musique chrétiennes l'auraient

1. Il écrit, à propos de la mort de Louis XVI : « Je n'ai un souvenir aussi distinct que de ma première communion, que mon père me fit faire à Claix ... vers 1795. » [H. Br., I, 130.) Voilà pourquoi je ne puis admettre, avec C. Stryienski, que si Beyle a laissé son chapitre inachevé, c'est manque de mémoire. S'il faut donner à cet abandon un autre motif que son caprice, je croirais volontiers que Beyle ne se sentit aucun désir d'analyser des sentiments qu'il ne comprenait plus et dont il avait peut-être quelque honte.

2. L'abbé Raillanne avait quitté son élève et Grenoble. Voilà pourquoi Chérubin Beyle chargea l'abbé Dumolard de celte « première communion, à la- •luelle [il]... attachait la plus grande importance. » Beyle, qui brouille tout donne à ce choix une raison absurde : k Le jésuitisme de l'abbé Raillanne faisait ])eur même à mon père... » L'enfant prit en affection cet abbé Dumolard «lue plus tard il soupçonna, sur des preuves légères, d'être le pire des hypocrite» [Id., 203-204.)

3. Pendant des années, Beyle s'est acquitté de ce pieux office. En pleine Révolution, il édifiait ainsi « les quatre-vingts ou cent dévotes » qui venaient entendre une messe clandestine dans le salon de sa famille. (//. Br., 1, 147 • 205 i

4. Et, en fait, il préfère hautement le catholicisme au protestantisme.

presque réconcilié avec le dogme chrétien. « Toute ma vie, a-t-il avoué, les cérémonies religieuses m'ont extrêmement ému ^ ». Le son des cloches le faisait rêver avec mélancolie : « la m [esse] même » lui « inspirait de la gravité 2 ». En un mot, une imagination effrénée, une tendresse mal satisfaite, une âme brûlante et enthousiaste, n'étaient-ce point, entre les mains d'un directeur sagace, de rares dispositions au mysticisme ? Beyle ne trouva point ce directeur ; ses pieuses velléités se perdirent. Mais il est vraisemblable qu'à l'âge de sa première communion il fut un petit enfant sage, doucement ému à l'église, troublé par la musique des orgues ou le parfum de l'encens, et plein de ferveur.

Mais c'étaient là surtout les religieuses voluptés d'un cœur sensuel. Il semble qu'elles se soient assez bien combinées chez Beyle avec une impiété précoce. Cette impiété, qui n'a été nourrie tout d'abord que d'impressions confuses et de sentiments irréfléchis, va bientôt trouver dans les livres un novivel aliment, et se faire plus raisonneuse.

Mais nous ne pouvons ici qu'entrevoir la vérité. Beyle, qui lisait de bonne heure Voltaire et Rousseau, pouvait trouver chez tous deux bien des raisons de n'être plus un catholique orthodoxe. Les sarcasmes de l'un, la vague religiosité de l'autre, contribuèrent sans doute à le détacher un peu plus de la foi paternelle. Mais, faute de son témoignage, nous ne pouvons mesurer ni préciser leur influence ^.

ISous savons au contraire par lui-même que Marmontel

1. H. Br., 1,205. — « Je vois aujourd'hui que [mon respect pour les cérémonies]... était la première forme de mon amour pour la musique..., la peinture..., et l'art de Viganô... » (Id., 212-213.)

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