‹ La jeunesse de StendhalChapitre 164 sur 288 · Id., GOO · texte numérisé non relu

Id., GOO

Sans doute Henri Gagnon et Chérubin Beyle s'abstenaient de figurer dans ces fêtes populaires et dans ces cortèges. La société des Amis de la Constitution, qui comprenait tant d'officiers et de fonctionnaires ^, ne devait point les compter parmi ses membres. Ni Séraphie ni la tante Elisabeth, « jalouses des exemples éclatants de dévouement civique que des femmes fortes » avaient « donnés dans les siècles passés », ne voulurent, nous en sommes certains, « en créer de nouveaux, pour étonner les siècles à venir. » Elles n'entrèrent donc pas dans la société des Amies de la Constitution. Enfin, selon toute apparence, Chérubin négligea de faire inscrire son fils parmi les Jeunes amis de cette même Constitution.

Mais ils avaient beau s'abstenir ; à travers les fenêtres fermées montaient toujours jusqu'à eux de la place Grenette les images révolutionnaires. Elles devenaient plus solennelles et plus redoutables, et Henri Gagnon luimême, malgré son scepticisme, commençait à en avoir trop peur ^ pour songer encore à les tourner en ridicule.

Le 16 octobre 1791, un somptueux cortège, où toute la municipalité, flanquée de la gendarmerie et de la garde nationale, avait promené à travers la ville le livre de la Constitution, défila sur la place Grenette, avant d'aller entendre un Te Deum chanté par l'évêque à la cathédrale ^.

L'année suivante, le 4 mai, on enlevait de la place la pierre qui servait au carcan, et on la remplaçait, deux mois après, par un arbre de la liberté surmonté du bonnet

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