H. Br., II, 5J
2. H. Br., II, 55. — Marie (1738-1801) avait publié en 1770 des Leçons élé' mentaires de mathématiques.
Beyle avait d'abord usé de Bezout, qu'il « méprisait... autant que M. Dupuy ». Il s'était ensuite adressé à Clairaut, « fait pour ouvrir l'esprit, que Bezout tendait à laisser à jamais bouché. » [Id., I, 249-250.)
Bezout (1730-1783) était l'auteur de deux cours de mathématiques, l'un en six, l'autre en quatre volumes. Mais Beyle veut peut-être parler de sa Théorie générale des équations algébriques : Paris, 1779, in-4''. — Quant à Clairaut, ses Elémens d'algèbre, parus en 1746 (in-8°), eurent un succès assez durable pour être réédités jusqu'en 1801 ; ses Elémens de géométrie (1741, in-S") réussirent mieux encore, puisque, cent vingt ans après leur apparition, en 1861, on en donnait une nouvelle édition.
3. Il avait essayé déjà, sans succès, des leçons d'un M. Chabert. [H. Br., I, 277-283 ; II, 54 et suiv.)
4. Pour comprendre toute 1 étendue et, disons-le, toute la noblesse de cette passion, il faut lire, dans l'édition enfin complète que M. Edouard Champion a donnée d'Henri Brulard, le long récit fait par Beyle de ses études scientifiques (voir surtout II, 53 et suiv.). Avec une opiniâtreté invincible, il s'efforce de comprendre ; c'est l'évidence que veut son clair esprit ; la sottise de ses maîtres, ou leur ignorance, les empêche de répondre à ses questions ardentes. Avec angoisse, il se demande où est la vérité. Et quand il découvre enfin celui qui sait la prouver, il s'attache à lui comme au révélateur d'une vie nouvelle et d'un bonheur parfait.
fameux Jacobin, grand et intrépide chasseur, et qui savait les mathématiques bien mieux que M,.. Dupuy... » Il osa lui demander des leçons : « C'étaient les cieux ouverts... pour moi. Je voyais enfin le pourquoi des choses, ce n'était plus une recette d'apothicaire tombée du ciel pour résoudre les équations. — J'avais un plaisir vif, analogue à celui de lire un roman entraînant ^... »
Beyle l'aima pour cette initiation à la vérité. Il l'aima encore pour son noble caractère ^ et pour ses vertus républicaines ^.
1. H. Br., II, 64-66. — Une circonstance toute récente put désigner Gros à l'attention de Beyle. Au commencement de l'an VIT, Gros vient d'être nommé membre du Jury central d'instruction, composé seulement de trois notables Grenoblois, et chargé de surveiller et de diriger l'Ecole centrale. Ce choix particulièrement honorable (le docteur Gagnon avait présidé ce jury trois ans auparavant) mettait en lumière ce savant modeste et original. On peut sup-t poser que Beyle, dont la grande passion pour les mathématiques date de cette même année, pense alors à s'adresser à lui.
2. « Voir un homme sur le modèle des Grecs et des Romains, et vouloir mourir plutôt que de n'être pas comme lui, ne fut qu'un moment... » (H. Br., II, 65.)
3. Nouvelle preuve, s'il en est besoin, que Beyle était déjà jacobin à quinze ans. Gros ne put qu'affermir et exalter encore ses convictions : « Un jour de grandes nouvelles, raconte Beyle, nous parlâmes politique toute la leçon et, à la fin, il ne voulut pas de [mon] argent... Ce trait fort simple redoubla mon admiration et mon enthousiasme. » (H. Br., II, 67-68.)
Cette admiration semble avoir été méritée. Le judicieux Colomb ajoute son témoignage à celui de Beyle : « M. Gros... avait comme l'intuition de toutes les sciences ; mais sa haute raison le portait plus spécialement vers les mathématiques, dans lesquelles il pénétra profondément. M. Gros donnait... la parfaite image du républicain pur, modeste, désintéressé ;... il était resté comme un noble représentant de cette forme de gouvernement dans les temps antiques ; tel enfin qu'on nous peint les sages de la Grèce... M. Gros ne s'occupait guère du soin de sa fortune : le charme de la méditation l'emportait sur tout...
Chacun recherchait M. Gros pour sa science et pour son aménité. M. Fourier, l'ancien secrétaire de l'Institut d'Egypte, devenu préfet de l'Isère, en 1802, l'appréciait justement... Si M. Gros, cédant aux conseils de M. Fourier, fût venu se fixer à Paris, il eût bientôt appartenu à l'Institut. » [Not. biog., XVII- XVIII.)
J'ai vainement cherché des renseignements plus complets sur cet ami de Beyle dans les archives de Grenoble. (Cf. Chuquet, 25.) Çà et là, le nom de Gabriel Gros apparaît, dans les menus incidents de la vie politique dauphinoise. Mais il n'importe guère, par exemple, qu'il ait été nommé électeur aux assemblées primaires de 1797 [Clairvoyanl du .'JO mars). On trouvera un discours de lui dans le Clairvoyant du 15 messidor an Vil. Gabriel Gros regrettait le 9 thermidor : " A l'ardeur la plus noble succédèrent la plus lâche indifférence et régo'i'smc le plus vil... Le fanatisme religieux ressaisit ses torches, ses poignards et ensanglanta le sol de la liberté... » Il prétend « faire renaître l'esprit public, le vivifier et le diriger vers des choses grandes et utiles >; et les moyens
BEYLE A L liCOLK CENTRALE
« Sans que Gros fût le moins du monde charlatan,... il occupait toute mon âme. Je l'adorais et le respectais tant que peut-être je lui déplas... » Ce fut une amitié silencieuse, ardente et timide, comme tous les grands amours de Beyle : « je fus » avec lui « comme je fus plus tard avec les êtres que j'ai trop aimés, muet, immobile, stupide, peu aimable et quelquefois offensant à force de dévouement et d'absence du moi. Mon amour-propre, mon intérêt, mon moi avaient disparu en présence de la personne aimée, j'étais transformé en elle ^... »
Une amitié si rare est autre chose que le bref caprice d'un enfant. L' « incomparable Gros » fut, au témoignage de Beyle, l'un des trois hommes qu'il respecta le plustendrement 2. Aussi n'oubliera-t-il plus le jeune savant pauvre et désintéressé, qui, dans une petite chambre dfr la vieille rue Saint-Laurent ^, lui donnait des leçons d'algèbre, et s'enflammait avec lui aux victoires de la RépubHque. Fidélité émouvante qui honore sa délicatesse, Beyle essaiera de faire passer à la postérité le maître de sa jeunesse, son ami. En 1829, dans les Promenades dans Rome, il suppose que « M. Gros, célèbre géomètre de Grenoble », visite avec lui Saint-Pierre, et l'aide à en prendre
qu'il préconise, dans l'universel abaissement, « c'est l'instruction, c'est l'énergifr des hommes de bien, c'est enfin la volonté ferme de défendre la déclaration de nos droits, et d'exécuter celle de nos devoirs. » Tel est le mâle et ferme langage qui enthousiasmait Henri Beyle.