‹ La jeunesse de StendhalChapitre 238 sur 288 · GHENOBLE A LA FIN DU XVIII^ SIECLE · texte numérisé non relu

GHENOBLE A LA FIN DU XVIII^ SIECLE

« Grenoble est pour moi comme le souvenir d'une abominable indigestion... »

« Grenoble était une ville charmante... où les jolies femmes ne s'oubliaient pas, »

{H. Br., I, 110.)

Son entrée à l'Ecole centrale avait libéré Beyle. Désormais, avec une indépendance peu habituelle à son âge (souvenons-nous que Beyle n'a point dix-sept ans lorsqu'il quitte Grenoble), il pourra vagabonder où il lui plaira. Jusqu'ici, prisonnier d'une famille en deuil, il n'a connu de sa ville natale que les maisons de ses parents, ■et ce qu'on voit du monde par la fenêtre. Mais rien ne l'empêche maintenant de découvrir Grenoble.

A vrai dire, il ne va point tii^er un grand profit de cette liberté nouvelle. Absorbé par ses études, plus intéressé, .à quinze ans, par ses camarades que par les salons, d'ailleurs dégoûté de Grenoble avant de la connaître, il traversera cette ville de plaisirs et d'esprit presque sans la regarder.

Elle le méritait pourtant, mais Beyle ne l'a découverte •qu'à l'heure où il ne pouvait plus en jouir : « Rien ne m'a

étonné dans mes voyages comme d'entendre dire par des officiers de ma connaissance que Grenoble était une ville charmante, pétillante d'esprit... La première fois que j'entendis ce propos, ce fut à table, chez le général Moncey,... en 1802 ^, à Milan ou à Crémone; je fus si étonné que je demandai des détails d'un côté de la table à l'autre... Mon exécration pour l'état de mal au cœur et d'indigestion continue, auquel je venais seulement d'échapper, était au comble. L'officier d'état-major... soutenait -que c'était la ville la plus agréable de la province, il me cita mesdames... Hélas ! à peine avais-je entendu prononcer ces noms aimables ! Mes parents ne les rappelaient que pour déplorer leur folie ^... »

Beyle n'a donc guère connu, de la société dauphinoise, que quelques vieilles dames trop dévotes, quelques vieux messieurs trop graves. Ses parents, et pour cause, ne l'ont pas présenté à ces « jolies femmes qui ne s'oubliaient pas », comme disaient les officiers de l'armée d'Italie. Et Beyle a méconnu sa ville natale.

Est-ce à dire que nous devions la négliger, et ne pas jeter du moins un coup d'œil rapide sur cette petite capitale de province ^, au milieu de laquelle Henri Beyle a passé les dix-sept premières années de son existence ? Ne subit-on pas, même sans le savoir, l'influence impalpable et diffuse du monde qui vous entoure? N'oublions pas d'ailleurs que, jjar son oncle Gagnon, jadis le Lovelace de cette galante société, Beyle avait, depuis son enfance, recueilli quelques parfums de ce paradis défendu. Enfin, s'il n'a point fréquenté les salons et les coulisses, du moins dans la rue, à l'église, sur la promenade publique, au théâtre, il a regardé d'un œil avide ces élégantes si parées, et leurs amoureux courtisans. Son imagination aidant, il est donc resté moins qu'il ne l'a dit étranger à sa patrie, surtout en ces trois ou quatre

1. Beyle se Irompe ; ce dîner, où il ne put guère assister qu'en qualité d'aidc-de-canij) du général Michaud, doit se placer entre le l'^'' lévrier et le 18 septembre 1801.

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