‹ La jeunesse de StendhalChapitre 239 sur 288 · JI.Bi:, I · texte numérisé non relu

JI.Bi:, I

3. Grenoble ne comptait pas tout à fait 25.000 habitants en 1789.

•dernières années du xviii^ siècle, où commencent à le tourmenter toutes les curiosités de l'adolescence.

Avant la Révolution, Grenoble passait pour « l'une des plus agréables villes de province ^ ». La Terreur avait sans doute interrompu quelque temps plaisirs légers et vie mondaine. Mais déjà, avec l'ardeur que donne une longue abstinence, Grenoble, comme toute la France, se reprenait à jouir galamment de la vie, sous les auspices du Directeur Barras.

C'était une vieille tradition. Dès le xvii^ siècle, Le Pays ^ fait un portrait affriolant des plaisirs de Grenoble ^. Si on l'en croit, « la galanterie et l'esprit y paraissent plus qu'en lieu du monde. » Les hommes s'y piquent d'écrire, aussi bien en prose qu'en vers, et les femmes parfois s'en mêlent aussi. On s'y amuse, avec bon goût assurément, mais sans innocence. « Les femmes y sont bien faites, et... n'ont point l'humeur ni d'ours ni de tifrresses. » Il s'y pratique un « grand commerce de fleurettes et de soupirs. »

Au temps du jeune Henri Beyle, on y soupirait d'un autre ton, :nais on y soupirait toujours. La galanterie s'était faite moins précieuse, et plus libre. Selon le tempérament de chacun, on s'y partageait entre les ardeurs éloquentes, à la manière de Jean- Jacques, et les abandons plus voluptueux et plus piquants, à la mode de Laclos. L'élégant libertinage de ce dernier devait pourtant mieux convenir aux Dauphinois, gens spirituels et réalistes. N'était-ce pas du reste Grenoble, si l'on en croit Stendhal, que Choderlos de Laclos avait peint dans ses Liaisons Dangereuses * ?

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