‹ La jeunesse de StendhalChapitre 271 sur 288 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

La sensibilité visuelle d'Henri Beyle. — Il découvre la nature. — Le caractère et l'influence du paysage dauphinois. — Claix.

« Les paysages étaient comme un archet qui jouait sur mon âme. »

(//. Br., I, 18.)

Au printemps de l'année 1797, Henri Beyle avait découvert la nature. C'est une découverte que bien des gens ne font jamais. Etait-il mieux préparé qu'un autre à trouver du plaisir dans les lignes d'un paysage ?

L'imagina+ion de Beyle, comme sa mémoire, sont d'un visuel, ce qui est banal, mais d'un visuel particulièrement précis, ce qui l'est moins. Ses livres en font foi. Dans sa Vie d'Henri Brulard, le passé lui apparaît à distance, non comme une suite bien enchaînée d'événements, mais sous la forme de tableaux épars, d'instantanés qui surgissent capricieusement devant son regard, — des « pans de fresque », comme il dit lui-même. « L'image, répète-t-il à chaque instant, est on ne peut plus nette chez moi ^. »

Ce genre de sensibilité visuelle ne sera point sans influence sur les méthodes mêmes de sa pensée et le caractère de son talent. Il n'aimera point les abstractions, et détestera surtout la méthaphysique : influence de Condillac, sans doute, mais plus encore besoin naturel d'un esprit qui n'admet que la sensation, ou du moins son image, nettement dessinée, et en quelque façon concrète.

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