Rembrandt le laisse à peu près indifférent
2. S'il apprécie le clair-obscur du Corrège, c'est moins en artiste qu'en rêveur ; il en goûte le poétique mystère.
pittoresque ne lui apparaît ; mais s'évoque, avec une précision vraiment merveilleuse, la disposition de toutes choses, et il dessine le plan de l'appartement, sans oublier une fenêtre ou un meuble. Se rappeile-t-il un épisode de la vie familiale, il retrouve, comme un metteur en scène, la place de chaque acteur, et un tracé nous montre comment ils étaient, quarante années plus tôt, disposés autour de la table. Les pages de son manuscrit semblent parfois le recueil des croquis d'un architecte.
La vision se fait-elle moins abstraite et plus vivante, c'est encore, dans l'image d'une scène ou d'un personnage, le détail caractéristique qui surgit seul. De l'abbé Raillanne il revoit surtout « les sourcils abominables ». Ce qu'il a retenu de Lambert mourant, ce sont « ses beaux sourcils noirs et cet air de force et de santé que son déhre ne faisait qu'augmenter... » Et cet homme, victime de la Journée des Tuiles, il l'aperçoit encore, quarante-cinq ans plus tard, « sans habit, sa chemise et son pantalon de nankin. . . remplis de sang », avec une blessure « d'où le sang sortait abondamment... au bas du dos, à peu près vis-à-vis le nombril ^. »
Henri Beyle avait donc, tout enfant, la vision intelligente et nette qui va chercher dans la réalité ce qui a un sens. Ses yeux mobiles et clairs recueillaient à chaque instant des images précises de toutes choses, mais des images où ces choses étaient réduites à ce qu'elles ont d'essentiel pour l'esprit. Elles se gravaient ensuite dans sa mémoire, une mémoire à la fois tenace et capricieuse, où l'image se perdait plutôt que de s'obscurcir.
C'est avec ce regard aigu, volontaire et exclusif, que Beyle va contempler et aimer la nature.
L'amour de la Nature est sans doute un des moins naturels à l'homme. Il lui a fallu bien des siècles de culture pour qu'il apprît à trouver en elle autre chose que