H. Br., I
3. Sans prétendre donner du tout sur ce point tous les témoignages essentiels, je rappellerai que M™'' de Sévigné citait couramment les poètes italiens ; qu'au xviii'^ siècle l'abbé Dubos donne seulement la traduction des auteurs anglais qu'il cite, mais, pour les italiens et les latins, le texte et point la traduction, considérant sans doute qu'un homme cultivé sait l'italien aussi bien que le latin. — Marmontel, dans ses Mémoires (liv. VII), résume ainsi l'instruction donnée à IP'" de Montulé : « L'histoire, la géographie, l'arithmétique, l'italien, et... les règles de la langue française. »
En 1788, dans VOptimiste de Collin d'Harleville, JI™^ de Roselle se promène en lisant de l'italien comme sa langue maternelle : « Je n'entends point l'an- . glois, dit-elle ; mais j'ai sur moi le Tasse. »
Un peu plus tard, sous le Directoire, d'après les Concourt {Société française pendant le Directoire, 32), « Galiani et son épouse, voulant faire servir la mode aux rapports internationaux des peuples, donnent des thés... où l'on se perfectionne... dans les langues anglaise et italienne ».
C'est à Mâcon, au commencement du xix'^ siècle, que Lamartine appxrend l'italien « pour lire le Tasse et l'Arioste ». [Corr., I, 41, 50, 61.) Fait plus signi-
A la fin du xviii^ siècle, l'Italie était en vogue. De Brosses, Duclos, Dupaty, Lalande, d'autres encore, y avaient voyagé et avaient raconté leurs voyages. Les opéras italiens étaient chantés, dans leur langue, par toutes les jeunes filles bien élevées. Ajouterai- je que Grenoble devait être une des villes de France où l'on ignorait le moins la langue italienne ? Elle se trouvait sur l'une des principales routes menant en Italie ^. Par elle avaient passé toutes les armées, depuis le xv^ siècle jusqu'au xviii"^, qui allaient batailler au delà des monts. La Savoie, italienne alors, ou, si l'on veut, piémontaise, était à quelques lieues de la ville. Et le fait est qu'en 1799 un des nombreux exilés milanais réfugiés alors à Grenoble se vit offrir par son hôte Dante et Pétrarque ^. Les Gagnon n'étaient donc pas les seuls à Grenoble qui eussent dans leur bibliothèque des poètes italiens.
Henri Beyle a-t-il donc « cristallisé » autour de son plus grand désir ? A-t-il seulement combiné quelques possibilités improbables, et devons-nous refuser de suivre la fantaisie de ce roman ?
Les inductions de Beyle pouvaient sembler trop fragiles, lorsque quelques faits nouveaux sont venus, d'une manière bien inattendue, montrer que cette fois au moins il avait dit la vérité. Les Gagnon, selon toute apparence, arrivaient bien d'Italie, — par le chemin de Bédarrides ^.
Bédarrides est un gros village du diocèse d'Avisnon *.
ficatif, « quelques jolies femmes » de celle pelile ville, qui, apparemment, savaient déjà l'italien, se préparaient à jouer avec lui une comédie en cette langue, ce qui supposait encore, semblc-t-il, des spectateurs capables de les comprendre. — Il serait facile de multiplier pareils exemples.