Voir plus bas, p. 87, noie
3. On le voit recommander, dans son discours plusieurs fois cité du 2 mai 1787, « l'élude de la nature, et la science des faits. »
LES ORIGINES D HENRI BEYLE
En somme, lui-môme l'a écrit, son grand-père lui « communiqua... presque tous ses goûts ^ ». C'est le docteur Gagnon qui a vraiment et définitivement formé le jugement littéraire de Stendhal. Le classicisme élargi de l'aïeul n'est pas bien loin du romantisme étriqué du petit-fils. Ils aiment tous deux la clarté et la finesse, la simplicité et la vérité ; ils ont une égale horreur pour le mièvre et l'affecté, pour la déclamation et la sensiblerie gémissante. Ils goûtent les petits faits humains, les faits réels, mais qui ne salissent pas les mains. A peine Stendhal a-t-il rajeuni, sans y être infidèle, les doctrines de ce lettré si délicat.
Henri Gagnon trouvera dans son petit-fils toutes les satisfactions que lui avaient refusées son fils : « Mon fils n'a rien lu, » disait-il quelquefois avec humeur 2... » Henri Beyle lut beaucoup, trop peut-être. Il est dangereux de beaucoup lire, quand on ne vit guère. Par la faute de son grand-père, Henri Beyle était destiné, comme avant lui Jean- Jacques Rousseau, à former d'après les romanciers et les poètes son imagination et son cœur. On n'est point impunément le fils intellectuel d'un bel esprit.
« Tout l'honneur , tous les sentiments élevés et Gers de la famille nous venaient de ma tante Elisabeth... »
(H. Br., I, 85.)
Si l'on en croit Stendhal, c'est surtout de sa grand'tante Elisabeth Gagnon, sa « Tatan » (comme l'appellent sa sœur et lui), qu'il tenait les illusions et les duperies de son âme romanesque.
Seule parmi les Gagnon, cette vieille demoiselle avait gardé une flamme d'héroïsme et de passion. Du moins c'est ainsi que Stendhal la voit, quarante ans plus tard,
1. H. Br., I, 35. Cf. 187 : « Nos conversations sur la belle littérature, Horace M. de Voltaire, le chapitre XV de Bélisaire, les beaux endroits de Télémaque Sélhos, qui ont formé mon esprit... »