‹ La jeunesse de StendhalChapitre 52 sur 288 · H. Br., I · texte numérisé non relu

H. Br., I

et qu'il nous décrit son caractère. Il nous faut bien l'en croire ^.

Il lui prête, comme à tous les membres de sa famille, un petit roman d'amour ^, fort utile pour corriger la trop prosaïque image d'une vieille fille provinciale. Mademoiselle Elisabeth Gagnon allait bien, bourgeoisement, chaque soir, « faire sa partie » chez de bonnes amies, « demoiselles » comme elle. Elle était bien vêtue d'étoffes cossues, et attachait la plus grande importance à une toilette qui n'intéressait plus personne ^. Mais, sous les dehors un peu ridicules d'une vieille dame tirée à quatre épingles, méticuleuse et proprette, qui remplit de manies sans conséquence le vide d'une existence desséchée, il y avait une âme ardente et d'exquises noblesses.

Elisabeth Gagnon vivait de souvenirs et de regrets, comme il convenait à une demoiselle de soixante ans et davantage *. Mais ces regrets étaient généreux. Grâce à elle survivaient encore, dans la famille, quelques vieilles traditions de patriotisme et d'énergie. Son frère, le docteur Gagnon, plus jeune qu'elle de sept ans, était fort loin de la satisfaire. Elle le trouvait faible et sans caractère ^. C'était, a dit Stendhal, « l'homme le plus spirituel et le moins patriote que j'aie jamais connu ^ ». Mademoiselle Elisabeth au contraire s'enthousiasmait tristement, quand elle se rappelait son père pleurant « de rage en

1. Nous ne connaissons guère Elisabeth Gagnon que par la Vie d'Henri Brulard. A peine ai-je pu relever , dans les lettres de Beyle et de Pauline , quelques petits traits insignifiants.

2. « Je suppose que ma tante Elisabeth, riche (pour Grenoble), était restée fille à la suite d'une passion malheureuse. J'ai appris quelque chose comme cela de la bouche de ma tante Séraphie dans ma première jeunesse. » [H. Br., I, 78.)

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