‹ La jeunesse de StendhalChapitre 53 sur 288 · Elle était née à Grenoble, le 30 octobre · texte numérisé non relu

Elle était née à Grenoble, le 30 octobre

5. « Elle sentait, éprouvait, mais n'exprimait jamais, un assez grand mépris pour le Fontenellisme de son frère... » {H. Br., I, 148.)

6. H. Br., I, 8G-87. L'appréciation de Bcyle doit être juste, car dès 1803 il écrit dans son Journal (25-26) : « Grand trait de caractère : mon aïeul maternel, le chirurgien Gagnon, répandit des larmes amcres lorsque, vers 1736, les ennemis entrèrent en Provence ; mon grand-père m'a conté ce trait en riant et sans en sentir le sublime ; c'est que ce dernier a les mœurs du régent. »

LES ORIGINES d'hENRI BEYLE 61

apprenant que l'ennemi s'approchait de Toulon ^ », quand elle songeait à un autre frère, mort à vingt-trois ans, bien loin, et, celui-là, héroïque selon son cœur. « Quel caractère ! » disait-elle un jour, rêvant tout haut devant son petit-fils ; et elle ajoutait, en pensant au docteur : « Ah ! quelle différence ! »

Elle seule aussi aimait à rappeler, avec un soupir, l'origine lointaine des Gagnon, venus d'un pays où fleurissaient les orangers.

Cette grande femme, mince et digne, à la « belle figure italienne ^ », qui restait le plus souvent silencieuse, paraissait un peu exilée dans la maison d'Henri Gagnon, où elle vivait avec beaucoup d'indépendance. Elle possédait ses relations à elle, quelques amitiés de choix, de vieilles dames aux « belles âmes ' ».

Elisabeth Gagnon avait de la tendresse *, mais plus de fierté encore. Aussi cachait-elle pudiquement les émotions de son vieux cœur. « Elle adorait ma mère, dit Beyle, mais elle ne s'attendrissait pas en en parlant, comme mon grand-père. Je nai jamais vu pleurer... ma tante Elisabeth s. »

Cette réserve hautaine, cette grande fermeté cachée, en imposaient autour d'elle. Dans les discussions familiales, elle gardait le plus souvent le silence, ou bien c'était quelque mot poli, discret et ferme. Elle respectait la liberté des autres autant qu'elle tenait à la sienne. Mais elle n'en était pas moins, dans les grandes circonstances,

1. Bcyle rappelle à plusieurs reprises le souvenir de cet aïeul si énergique : « ... le portrait férieux et rébarbatif de mon arrière-grand-père dans son cadre doré à grandes rosaces d'un demi-pied de large , qui me faisait presque peur ... » Et ailleurs : Le docteur Gagnon « racontait quelquefois la bataille de V Assiette... Son père., homme ferme, plein d'énergie et d'honneur, l'avait envoyé là comme chirurgien d'armée, pour lui former le caractère. » (H. Br., I, 86-87, 36-37.)

2. Il suffit peut-être de croire qu'elle avait un de ces beaux types provençaux, pleins de caractère, de noblesse et d'énergie.

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