‹ La jeunesse de StendhalChapitre 54 sur 288 · Br., I · texte numérisé non relu

Br., I

l'inspiratrice de tous les siens. C'est elle qui leur apportait quelques hautes directions morales.

« Tout l'honneur, tous les sentiments élevés et fiers de la famille nous venaient de ma tante Elisabeth ; ces sentiments régnaient en despotes dans la maison, et toutefois elle en parlait fort rarement, peut-être une fois en deux ans ; en général, ils étaient amenés par un éloge de son père ^. »

Il ne semble point indifférent qu'il y ait eu dans la famille Gagnon une vieille demoiselle au noble cœur, en qui survivait tout un atavisme de vertu et d'imagination forte. Sans elle nous ne pourrions comprendre d'où venaient à Stendhal certains emportements généreux, l'admiration de l'énergie, le culte des héros, qu'ils soient Brutus ou Napoléon ; sans elle nous ne nous expliquerions pas davantage l'étrange intensité que prenait chez lui l'adoration d'un musicien ou d'un peintre, cette folie d'enthousiasme qui étonnait tous ses amis ; enfin, sans cette vieille fille romanesque, nous nous demanderions où le petit- fils d'Henri Gagnon et le fils de Chérubin Beyle avait bien pu prendre cette façon d'aimer, ardente jusqu'au désespoir, sensible jusqu'aux plus tendres délicatesses, qui fit de lui l'amant malheureux, platonique et fidèle de jMétilde.

Sans doute Stendhal n'avait rien hérité de sa grand'tante, mais elle est pour nous le seul témoin de toute une veine d'ardeur et de noblesse, qui avait dû se retrouver, çà et là, dans la lignée des Gagnon, et qu'Henri Beyle sans doute a reçue dans son sang. A ces dispositions innées viendra s'ajouter l'influence personnelle d'Elisabeth Gagnon sur un neveu qui l'aimait : « Cette femme, d'une rare élévation de caractère, était adorée par moi », a-t-il dit. ^ « Elle a... formé mon cœur et c'est à ma tante Elisabeth que je dois les abominables duperies de noblesse à l'espagnole dans lesquelles je suis

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