H. Br., I
4. a Je suppose, disait Stendhal dans l'Histoire de la Peinture, que les parents donnent le tempérament, le ressort ; et l'éducation, le sens dans lequel il agit »
L'hérédité des Beyle paraît bien sèche et bien pauvre, en comparaison de la culture si riche, de la sensibilité si fine et si diverse des Gagnon. Pourtant aucun de ces patrimoines ne fut inutile à Stendhal. La souche drue et forte des premiers apportait l'énergie vivace, la ténacité, le bon sens âpre du caractère dauphinois. Mais la passion nette, précise, pratique de Chérubin Beyle avait besoin d'être affinée par la culture délicate d'un Henri Gagnon, tempérée par son scepticisme ; elle devait être adoucie et comme féminisée par la tendresse légère d'Henriette Gagnon, élevée et ennoblie par les enthousiasmes romanesques d'Elisabeth. Le mélange ne fut point parfait ; il y avait dans ces éléments divers quelques contradictions irréductibles. Le caractère hétéroclite de Stendhal, si peu fondu, et par là si original, laissera reparaître à chaque instant les hérédités disparates dont il est le fruit.