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DANS LA MAISON DU DOCTEUR GAGNON

C'était une famille sensible et bonne que celle de Beyle ; on y savait aimer. La mort d'Henriette Gagnon semble les avoir tous plongés dans un deuil, qui ne finit plus ^. Et le petit Henri Beyle fut contraint, par des parents incapables de comprendre un enfant, à la même tristesse morne et découragée, au même deuil éternel qui désormais envahit toute la maison.

« Après la mort de ma mère, mon grand-père fut au désespoir... Extrêmement aimable et amusant avant la mort de sa fdle chérie..., depuis, il se renfermait souvent

1. Grand témoignage pour nous du rare mérite de cette femme, que nous connaissons si peu.

dans un silence discret... A l'occasion de la mort de ma mère, ma famille rompit toutes ses relations de société, et, pour comble d'ennui pour moi, elle a depuis constamment vécu isolée ^. »

Mais l'enfant ne trouvait pas ce qu'une grande douleur commune aurait pu apporter avec elle, la chaude intimité des cœurs unis. Tous ses parents se ressemblaient peu et sympathisaient mal. Chacun, semble-t-il, gardait pour lui ses regrets, et pleurait à sa manière et pour son compte celle qu'ils regrettaient tous. Leur deuil les associait sans les rapprocher. C'était un milieu d'une tristesse désespérante.

Il fallut bien retourner, après quelques jours, dans la sombre maison où sa mère était morte. Henri Beyle y alla coucher. Tout au bout d'une longue pièce, dans une profonde alcôve ^ opposée aux fenêtres, on mit son petit lit à côté du lit de son père.

A gauche, c'était le grand salon, désormais fermé, lugubre de toute la gaieté mondaine dont il gardait la mémoire ; et, de l'autre côté du salon, la chambre, maintenant close à jamais, où était morte Henriette Gagnon.

Ces souvenirs funèbres, la tristesse d'une maison vide, la compagnie d'un homme glacial et désespéré, — pareille vie eût été vraiment trop dure pour un enfant d'une sensibilité aussi frémissante.

Le docteur Gagnon fit donc venir, pour les repas, son gendre et son petit-fds dans sa grande maison, qui, à défaut de gaieté chez ceux qui l'habitaient, avait la joie du soleil, du ciel lumineux, et de la ville entière dont elle était entourée et pénétrée de toutes parts. La maison de la rue des Vieux- Jésuites ne fut plus pour l'enfant que l'endroit où il allait dormir, et, bientôt, le triste lieu de ses études, un dortoir et une salle de classe.

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